La multiplication des ragondins en Suisse préoccupe les cantons concernés. Cette espèce invasive, capable de se reproduire très rapidement, provoque d’importants dégâts sur la biodiversité et les infrastructures. Certaines régions françaises, déjà fortement touchées, peinent à endiguer le phénomène.

Dans le département de l’Ain, en France voisine, quelque 20’000 ragondins sont prélevés chaque année, sans parvenir à enrayer leur propagation. Pour encourager la régulation, les autorités ont instauré des primes: chaque queue de ragondin rapportée donne droit à quatre euros.

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Dans la région de la Dombes, à moins de cent kilomètres de la Suisse, l’animal peut être chassé toute l’année. Une association de chasseurs à l’arc travaille en collaboration avec les autorités communales et départementales.

« On intervient surtout sur des sites où il y a des habitations, donc il n’est pas possible de les piéger ni de les détruire autrement », explique au 19h30 Eric Mas, membre de l’association départementale des chasseurs à l’arc de l’Ain.

Une menace pour la biodiversité et les infrastructures

Originaire d’Amérique du Sud, ce cousin du castor a été importé en Europe pour sa fourrure à la fin du XIXe siècle. En plus d’être vecteur de maladies, dont la leptospirose, il cause de lourds dommages à la biodiversité, en s’attaquant notamment à la végétation aquatique ou aux nids d’oiseaux.

Les ragondins participent à la dégradation, voire à la disparition de certaines espèces. « Quand une trentaine de ragondins mangent sur une roselière, elle disparaît », illustre Cyprien Tardieu, technicien en lutte contre les espèces envahissantes au sein de la Communauté de communes de la Dombes.

Du Jura à Genève, une vigilance accrue

Avec une vingtaine de petits par année, les ragondins se multiplient rapidement et n’hésitent pas à franchir les frontières, en passant par les cours d’eau. En Ajoie, dans le canton du Jura, une septantaine d’individus ont été recensés l’année passée. Un recensement basé sur le nombre de ragondins qui ont trouvé la mort (accident, maladie, tir de gestion). Mais ils pourraient être encore plus nombreux.

« Ici, notre principal souci, c’est qu’ils creusent des galeries dans les berges et les digues, ce qui provoque des effondrements », explique Didier Hulmann, garde-faune à l’Office de l’environnement du canton du Jura. « On peut imaginer qu’il y a sous nos pieds une quantité de galeries qui partent dans tous les sens », affirme-t-il en pointant du doigt un étang qui a été attaqué.

Faute de prédateurs naturels, les autorités ont recours à des pièges et à des tirs effectués par des chasseurs locaux, ainsi que par le personnel de la surveillance de la faune de l’Office de l’environnement. « On est obligé de procéder par régulation », souligne Didier Hulmann.

Le Rhône comme corridor naturel

Dans le canton de Genève, les autorités redoutent que le Rhône ne serve de corridor naturel aux ragondins. Plusieurs individus ont été observés récemment. Une présence certifiée par des pièges photos disposés aux abords du fleuve. Avec le soutien de la Confédération, un plan de surveillance a été mis en place.

« Si Genève parvient à déployer ce programme, on évitera une lutte généralisée dans l’ensemble des cantons du bassin lémanique », estime Yves Bourguignon, chef de secteur des gardes de l’environnement (GE).

En Suisse, des populations de ragondins sont également présentes le long du Rhin et au Tessin.

Gianluca Agosta/juma