Le départ de Philippa de Roten s’inscrit dans un moment de transition pour la SSR et ses unités régionales. Alors que le groupe public vient d’annoncer une recomposition de sa direction et une nouvelle organisation de l’offre à l’échelle nationale, la RTS voit l’une de ses dirigeantes les plus expérimentées annoncer son retrait. La cheffe du Département société et culture quittera l’entreprise à la fin de l’année 2026, après près de trente ans d’engagement au sein du service public audiovisuel.

Cette annonce intervient au lendemain de plusieurs décisions structurantes prises par la SSR dans le cadre de son programme de transformation « Enavant SRG SSR ». Parmi celles-ci figure la nomination de Nicolas Pernet à la tête du nouveau département de l’Offre, une entité appelée à centraliser une partie de la stratégie éditoriale du groupe, notamment dans les domaines de la fiction, du sport et des plateformes numériques. Cette évolution devrait également renforcer la coordination nationale de certaines productions, dont les contenus culturels.

Trois décennies au service du service public
Arrivée à la Télévision suisse romande en 1997, Philippa de Roten aura traversé plusieurs phases de transformation du paysage médiatique. Journaliste au Journal de Genève puis au Temps, elle débute à la TSR comme présentatrice de l’émission culturelle Cadences avant de rejoindre la rubrique nationale du téléjournal. Elle présente ensuite le 12h45 ainsi que les éditions du week-end du 19h30.

Son parcours l’amène progressivement vers des responsabilités éditoriales. Elle dirige la rubrique Société et culture entre 2005 et 2009, puis rejoint la Radio Suisse Romande comme cheffe du pôle cinéma. Elle devient ensuite rédactrice en chef adjointe de la rédaction Culture de la RTS avant d’être nommée en 2016 à la tête du Département société et culture. À 48 ans, elle prend alors la direction d’une entité de plus de 400 personnes regroupant notamment les magazines audiovisuels, les documentaires, la fiction, la culture, l’humour et le divertissement, ainsi que les quatre chaînes radio RTS Première, RTS Espace 2, RTS Couleur 3 et RTS Option Musique.

Première femme nommée à la tête d’un département de la RTS, elle a contribué à la féminisation progressive du Conseil de direction. Au cours de son mandat, elle a défendu une vision de l’audiovisuel public attachée à l’indépendance journalistique, à la tradition de l’enquête et à la prise en compte des nouveaux enjeux de société.

Une offre culturelle confrontée aux mutations du secteur
Durant la dernière décennie, Philippa de Roten et ses équipes ont piloté plusieurs réorganisations internes afin d’adapter l’offre éditoriale aux transformations des usages. Le département société et culture couvre en effet un périmètre particulièrement large de la production éditoriale de la RTS, allant des documentaires et magazines aux programmes culturels et de divertissement.

Dans un environnement marqué par l’essor du numérique et la concurrence accrue des plateformes, la responsable s’est attachée à renouveler les formats et à accompagner l’évolution des modes de consommation des publics. Elle a également soutenu de nombreux projets culturels en Suisse romande, qu’il s’agisse des arts de la scène, de la production cinématographique ou du soutien aux nouvelles générations d’humoristes.

Son mandat s’est déroulé dans un contexte particulièrement exigeant pour le service public audiovisuel. Au cours de ces dix dernières années, la RTS a notamment traversé la votation « No Billag », la crise sanitaire liée au Covid-19 ainsi que plusieurs programmes d’économies visant à adapter les structures de l’entreprise.

Une figure de la RTS dans les réseaux internationaux
Au-delà de ses responsabilités internes, Philippa de Roten a également représenté la RTS dans plusieurs instances de coopération entre médias publics. Elle a participé aux travaux des Médias francophones publics et représenté la SSR au sein du comité radio de l’Union européenne de radio-télévision, dont elle a été vice-présidente durant quatre ans.

Au niveau national, elle a présidé le board Société, culture et divertissement de la SSR. Elle siège également au Conseil de fondation du Geneva International Film Festival (GIFF) et a pris part à différents jurys et groupes de travail liés à la production indépendante et à la création audiovisuelle suisse.

« Ces dix dernières années ont été passionnantes et extrêmement riches. De “No Billag” à la votation d’aujourd’hui, le paysage social, politique et médiatique s’est complètement transformé. Le service public, les médias et le journalisme ont vécu un tournant historique », souligne Philippa de Roten. Elle estime avoir eu « une chance unique » de pouvoir contribuer, avec les équipes de la RTS, à ces années charnières pour le service public.

Une transition dans un moment stratégique pour la SSR
Philippa de Roten continuera d’assumer la direction de son département jusqu’à la fin de l’année et accompagnera la direction régionale dans les travaux de réorganisation en cours. Son départ intervient alors que la SSR redéfinit sa gouvernance et sa stratégie éditoriale afin de renforcer la coordination nationale de l’offre tout en préservant la diversité des productions régionales.