La frénotomie, une intervention chirurgicale visant à couper le frein de langue, est de plus en plus demandée, notamment pour améliorer l’allaitement ou la diction. Les Hôpitaux universitaires de Genève mettent en garde contre cette pratique, jugée invasive et sans preuves scientifiques suffisantes.

Le frein de langue, ce petit tissu reliant la langue au plancher de la bouche, est une structure normale présente chez tout le monde. Pourtant, les demandes de frénotomie – section du frein de langue au laser ou aux ciseaux – augmentent. Avec une telle intervention, les parents espèrent faciliter un allaitement compliqué ou douloureux, ou encore corriger d’éventuels problèmes de diction, par exemple.

Face à ce constat, les HUG appellent à la prudence. « C’est un geste qui pourrait être considéré comme peu invasif, mais tout geste que l’on pratique a potentiellement des risques », explique Giorgio La Scala, médecin adjoint agrégé et responsable de la chirurgie pédiatrique plastique aux HUG.

Le manque de preuves scientifiques et les risques

Selon les experts des HUG, les études scientifiques actuelles ne démontrent pas clairement l’efficacité de cette intervention à long terme. « D’après ce qu’on voit dans la littérature, il y a des améliorations qui sont transitoires », souligne Giorgio La Scala au micro de l’émission CQFD.

Toujours selon eux, les complications liées à la frénotomie sont sous-évaluées. Cicatrices épaisses, limitations de la mobilité de la langue ou encore douleurs post-opératoires sont des effets secondaires possibles. « Le processus de guérison peut durer plusieurs semaines », précise le responsable de la chirurgie pédiatrique aux HUG, avec des risques de rétraction cicatricielle pouvant aggraver la situation.

Mirko Bozin, médecin dentiste, souligne que l’intervention doit être réservée à des cas spécifiques. « Il faut qu’il y ait un problème fonctionnel avéré, comme des douleurs maternelles ou des difficultés de succion chez le bébé », explique-t-il. Une évaluation pluridisciplinaire est essentielle avant de prendre une décision.

Privilégier l’évaluation et les alternatives

Les spécialistes insistent sur l’importance de ne pas se précipiter. Avant d’envisager une frénotomie, il est crucial de consulter des professionnels de l’allaitement, un pédiatre ou un ORL phoniatre. Des mesures conservatrices, comme des ajustements de position ou des thérapies manuelles, doivent être explorées en premier lieu.

En conclusion, la section du frein de langue reste une intervention invasive, à réserver à des cas exceptionnels et validée par une évaluation rigoureuse, car elle n’est pas une opération anodine. Une réflexion approfondie et un suivi professionnel sont indispensables pour éviter des complications inutiles.

Sujet radio: Manon Germond

Adaptation web: Laure Pagella