Réagissant à la flambée des prix, Washington a annoncé l’autorisation temporaire de la vente de pétrole russe stocké sur des navires. Ce nouvel assouplissement a été salué par le Kremlin alors que les revenus pétroliers de Moscou ont atteint leur plus bas niveau depuis le début de la guerre en Ukraine.

Le ministère américain des Finances a annoncé l’autorisation, de manière temporaire, de la vente du pétrole russe stocké sur des navires. Il a délivré une licence autorisant la vente, jusqu’au 11 avril, de pétrole brut et de produits pétroliers russes chargés à bord de navires avant le 12 mars, 0h01, heure locale.

Scott Bessent a déclaré dans un communiqué que cette nouvelle autorisation visait à « accroître la portée mondiale de l’offre existante ». Mais il s’agit d’une « mesure à court terme », a-t-il insisté.

Le ministre a ajouté que cette annonce n’apporterait pas « de bénéfices financiers significatifs au gouvernement russe, qui tire la majorité des taxes prélevées au moment de l’extraction » du pétrole.

Le Kremlin se félicite

L’émissaire du Kremlin pour les questions économiques, Kirill Dmitriev, a pour sa part déclaré vendredi que le marché mondial de l’énergie « ne peut rester stable » sans le pétrole russe, accentuant la pression sur les Etats-Unis pour la levée de davantage de sanctions, alors que les prix explosent depuis le début de la guerre en Iran.

« Les Etats-Unis reconnaissent en fait l’évidence: sans le pétrole russe, le marché mondial de l’énergie ne peut pas rester stable », a écrit Kirill Dmitriev sur Telegram.

Les revenus pétroliers et gaziers de la Russie ont atteint en janvier leur plus bas niveau depuis cinq ans et l’économie russe, qui en dépend, est en difficulté. Cette décision est donc une aubaine financière pou Moscou. Rien qu’au cours de la première quinzaine de mars, la Russie a engrangé près de 7 milliards de dollars grâce à ses exportations de combustibles fossiles. C’est un bond de 14 % par rapport au mois dernier.

Il y aurait « un peu moins de 130 millions de barils de pétrole brut russe déjà en mer », a estimé Richard Meade, rédacteur en chef de la revue maritime spécialisée Lloyd’s List.

>> Les précisions du 12h30 : Guerre au Moyen-Orient: comment le pétrole russe est devenu incontournable / Le 12h30 / 1 min. / aujourd’hui à 12:38 Un dilemme pour Washington

Alors que la guerre au Moyen-Orient a bouleversé les secteurs de l’énergie et des transports, paralysant pratiquement toute activité dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole brut mondial, cette décision marque un nouvel assouplissement temporaire des sanctions économiques prises contre la Russie ciblée en raison de son invasion de l’Ukraine.

La semaine dernière, l’administration américaine a autorisé, pour un mois, la livraison de pétrole russe bloqué en mer vers l’Inde. Le ministre avait précédemment dit que l’administration Trump envisageait de lever des sanctions sur une plus grande partie du pétrole russe.

Mais un tel assouplissement pose un dilemme aux Etats-Unis qui s’efforcent depuis 2022 de limiter les capacités de Moscou à financer la guerre en Ukraine.

Washington a encore ajouté en octobre 2025 les géants pétroliers russes Rosneft et Lukoil sur sa liste des sanctions pour faire pression sur le Kremlin, avant de retirer jeudi celles visant les filiales allemandes de Rosneft, sans donner d’explication.

>> Ecouter le podcast du Point J sur l’envolée des prix du pétrole : Pétrole: pourquoi les prix s’envolent ? / Le Point J / 13 min. / hier à 17:00 Les Européens affichent leur inquiétude

L’Union européenne a jugé « très préoccupante » la décision « unilatérale » des Etats-Unis. Elle « a des répercussions sur la sécurité européenne. (…) L’affaiblissement des sanctions accroît les ressources russes pour mener la guerre d’agression contre l’Ukraine », a déploré Antonio Costa, le président du Conseil européen, l’instance qui représente les 27 Etats européens.

La ministre de l’Economie allemande Katherina Reiche a elle aussi critiqué cette décision américaine. « Je crains que nous ne continuions à remplir le trésor de guerre de Poutine », a-t-elle déclaré.

Le blocage du détroit d’Ormuz « ne justifie en aucun cas de lever les sanctions » exercées contre la Russie, avait aussi rappelé mercredi le président français Emmanuel Macron, qui parlait au nom des dirigeants du G7. Dans les conclusions de ce G7″ exceptionnel tenu en visioconférence, le « consensus » a tenu « pour dire qu’on ne devait pas changer notre position à l’égard de la Russie et maintenir l’effort pour l’Ukraine », a-t-il déclaré.

L’Agence internationale de l’énergie a estimé jeudi dans un rapport que la production des pays du Golfe était réduite de 10 millions de barils par jour. « Le détroit d’Ormuz étant pratiquement fermé, toute mesure visant à alléger la pression sur les prix ne sera probablement qu’une solution temporaire », tempère Matt Britzman, analyste chez Hargreaves Lansdown.

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boi avec afp