Chaque week-end, dans un entrepôt secret de Kiev, des volontaires fabriquent des fumigènes pour l’armée ukrainienne, maintenant par la même occasion leur propre moral. Reportage de la radio publique alémanique SRF.

Quelque part dans la périphérie de Kiev. La neige crisse sous les pas. Il fait -15 degrés Celsius. Au loin, un générateur vrombit. Une porte en fer s’ouvre. À l’intérieur, dans un entrepôt sombre, il ne fait pas beaucoup plus chaud. Une fois les yeux habitués à l’obscurité, des douzaines de silhouettes vêtues de doudounes se dessinent dans la pénombre.

Chaque week-end, ces volontaires fabriquent des grenades fumigènes pour l’armée ukrainienne à partir de bombes aérosol usagées. Ce sont des civils, des hommes et des femmes ordinaires qui, en semaine, exercent d’autres métiers.

Les étapes de fabrication des fumigènes artisanaux. [SRF]

L’Ukraine est célèbre dans ce conflit pour ses avancées technologiques de pointe dans le domaine de la guerre par drones, mais sa population est tout aussi ingénieuse pour improviser dans des secteurs plus rudimentaires, comme celui de la grenade fumigène. Dans cet entrepôt frigorifique, les étapes de confection peuvent être réalisées une à une, et non simultanément, en raison de l’insuffisance de la puissance du générateur de secours.

24 soldats secourus

Des drapeaux ukrainiens, des lettres et des insignes de l’armée sont accrochés au mur du fond de l’entrepôt. Olena explique que 24 soldats ukrainiens ont récemment pu être évacués d’une situation critique grâce à ces grenades fumigènes. « Nous travaillons de longues heures et nous avons mal au dos », dit-elle à SRF, « mais de tels succès nous touchent profondément. »

Cet effort est également rentable. Une grenade fumigène artisanale coûte l’équivalent de 1,35 franc suisse, alors que dans le commerce, elle coûterait neuf francs, explique Olena. Si environ 2000 grenades étaient fabriquées en un week-end, l’armée économiserait environ 18’000 francs par week-end.

Une forme d’auto-thérapie

Chaque week-end, Sergueï vient à l’atelier avec ses enfants. Ils font cela depuis environ deux ans. Ce travail régulier chaque week-end détend les gens, explique Olena. Cet engagement est aussi une forme d’auto-thérapie. L’atmosphère est étonnamment sereine, même si la situation à Kiev est loin d’être rose et que des quartiers entiers sont plongés dans une obscurité glaciale.

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Les échanges sociaux font également partie intégrante de l’expérience. Un couple marié offre le repas aux volontaires. En arrière-plan, une discussion s’engage sur la question de savoir si le salo, plat national traditionnel – composé essentiellement de gras sur du pain de seigle – doit être consommé avec ou sans sel, et un volontaire plaisante: « Je suis là que pour manger, moi. »

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Article original: Peter Voegeli (SRF), Balz Rittmeyer (SRF), Jonas Glatthard (SRF)

Adaptation française: Julien Furrer (RTS)