Le Moyen-Orient produit entre 20 et 30% des engrais dans le monde, qui transitent par le détroit d’Ormuz, aujourd’hui bloqué. Depuis le début des bombardements sur l’Iran, les agriculteurs suisses subissent donc une nouvelle crise qui pèse sur un secteur déjà fragilisé.
Alors que le printemps arrive et que démarre, dans les champs, la période de désherbage et d’épandage, les agriculteurs et agricultrices voient leurs coûts d’exploitation grimper en raison de l’attaque israélo-américaine sur l’Iran le 28 février.
D’une part, depuis les premiers bombardements, le prix du diesel s’est envolé de 20 centimes par litre. « Sur une exploitation comme la nôtre, on utilise entre 80’000 et 100’000 litres de diesel par année, donc ça a son incidence », témoigne dans le 19h30 Cédric Blaser, agriculteur-viticulteur à Vufflens-le-Château (VD).
Les engrais, nouvelle charge supplémentaire
« On va certainement finir à 10, voire 15% d’augmentation de frais de production », poursuit-il. « Et ça va être très compliqué de les répercuter à la grande distribution. On a déjà subi de fortes hausses depuis 2020, de l’ordre de 17%, qu’on n’a jamais pu complètement répercuter à la grande distribution et aux commerces. »
Mais ce n’est pas tout: indispensables pour maintenir les rendements agricoles, les engrais aussi voient leurs prix prendre l’ascenseur. Près d’un tiers de la production mondiale transite en effet par le détroit d’Ormuz, actuellement bloqué en raison de la guerre. Par ailleurs, leur fabrication est très gourmande en gaz et en pétrole.
« Ni supportable, ni acceptable »
En Suisse, les stocks pour le printemps sont encore haut. Mais si la situation au Moyen-Orient ne s’arrange pas, la hausse des charges sera impossible à absorber, dans un contexte économique déjà fragile, s’inquiète l’Union suisse des paysans.
« Nous appelons les acteurs du marché à se préparer à mieux rétribuer les produits. À défaut, ce serait une détérioration de la situation des familles paysannes, ce qui ne serait ni supportable, ni acceptable », prévient son directeur adjoint Michel Darbellay.
Cédric Blaser, de son côté, fustige une « très forte pression » de la part de la grande distribution pour faire baisser les prix de vente. « À un moment donné, il faudra que nos partenaires nous entendent. Aujourd’hui, le salaire moyen d’un agriculteur, c’est 17 francs de l’heure. S’il faut qu’on prenne sur nos revenus pour pouvoir produire, ça ne va pas être tenable. »
Sujet TV: Valérie Gilioz/Feriel Mestiri
Texte web: jop