Et depuis début 2025, vous semblez prendre un envol similaire avec votre nouvelle recrue Bonheur de la Vie. Mais vous connaissiez ce cheval depuis plus longtemps, n’est-ce pas ?
Tout à fait ! Bonheur est arrivé chez moi en mai 2025 à 13 ans, mais je l’avais essayé deux ans et demi avant. Dès la première fois, j’ai su que c’était mon cheval de rêve. J’avais l’impression de le connaître depuis toujours et j’ai eu une confiance immédiate en lui, déjà à pied. À l’époque, une sponsor voulait l’acheter pour moi, mais un décès dans sa famille a tout arrêté. Je suis restée en contact avec la propriétaire, Sandra Nuxoll. Deux ans et demi plus tard, elle m’a rappelée et on a trouvé une solution. Aujourd’hui, Bonheur appartient à mon père et à moi. Il n’y a pas de sponsor derrière. Et c’est quelque chose de très fort pour moi, parce que je sais que ce cheval restera avec moi.

La saison 2025 a été très dense. Comment l’avez-vous vécue ?
Quand j’ai accueilli Bonheur en mai, je savais déjà que l’objectif serait les Européens à Jiva-Hill en août. Tout était très serré car il fallait se qualifier en participant à trois compétitions. À nouveau, on a fait un plongeon dans l’eau froide. Dix jours après son arrivée, on a gagné à Munich. Ensuite, on a fait deux autres concours, puis nous pouvions starter Jiva Hill. En analysant un peu, je me rends compte que chaque concours nous a fait progresser. Après les Européens, la pression est redescendue. Aux championnats de Suisse, j’ai pu essayer des choses. Ensuite Stuttgart, puis Bâle, et à chaque fois c’était mieux. Aujourd’hui, j’ai l’impression de connaître Bonheur aussi en concours, pas seulement à la maison. Il est très différent de Famora. Elle était très chaude, très appliquée. Lui est très sûr de lui, très calme. Mais il faut vraiment le monter. Et ça, je suis encore en train de l’apprendre.

Justement, revenons sur votre excellente prestation de Bâle avec vos deux 2es rangs en janvier ! Si vous deviez revoir votre Kür aujourd’hui, quels seraient les points à améliorer ?
Pendant deux semaines, j’ai regardé cette Kür tous les soirs dans mon lit (rires) ! Je l’ai trouvée magnifique. Les piaffers peuvent encore être meilleurs. Il y a aussi des réglages fins à faire entre la musique et mon timing. Les pirouettes au galop aussi. Ce sont des détails, mais il y a encore de la marge.

Où sont hébergés vos chevaux aujourd’hui et à quoi ressemble votre quotidien à l’écurie ?
Mes chevaux sont à Cham, dans le canton de Zoug. J’habite à quinze minutes. Je loue dix boxes, mais au total, on gère dix-huit boxes sur le site. Une partie est consacrée aux chevaux en formation et aux chevaux de vente, l’autre surtout aux chevaux de mes élèves. Je gère l’ensemble de la structure avec des employés. Je suis environ douze heures par jour à l’écurie. Quand je n’ai pas de concours, le dimanche est mon jour libre. Le matin, quand je suis plus en forme, je monte moi-même tous les chevaux, ce qui en représente en moyenne dix. L’après- midi, je donne des cours.

À côté de Bonheur, vous travaillez d’autres jeunes chevaux dont certains, par exemple Nice Touch W – avec qui vous avez remporté le 3e rang aux Mondiaux des 6 ans à Ermelo/HOL en 2024 – , semblent très prometteurs. Comment voyez-vous l’avenir avec eux ?
J’adore dénicher de jeunes chevaux et les construire. On les achète à trois ou quatre ans, on les forme, parfois jusqu’au Grand Prix, parfois pour les vendre. Nice Touch, on l’a achetée à trois ans. À six ans, elle a gagné le bronze aux championnats du monde des jeunes chevaux. Elle a maintenant huit ans. Avec elle, le plan est de disputer cette année le Nürnberger Burg-Pokal (l’une des séries les plus prestigieuses du dressage international pour les jeunes chevaux de 7 à 9 ans, en Allemagne, ndlr). Elle montre déjà énormément de potentiel pour le Grand Prix et, avec l’âge et le temps nécessaire, j’espère qu’elle deviendra mon cheval d’avenir. J’ai aussi d’autres très bons jeunes chevaux. Selon leur évolution, ils seront vendus ou resteront plus longtemps chez moi.

Une dernière question avant de vous quitter : d’où vient votre surnom « Kiki » ?
Mes parents ne voulaient surtout pas que je sois surnommée « Lottie ». Ils voulaient me donner eux-mêmes un surnom, et pas que quelqu’un d’autre le fasse. J’ai déjà entendu que ça venait de « Kichererbse » – pois chiche en français –, mais je crois surtout qu’ils l’ont choisi eux-mêmes. Et puis, Charlotta est toujours mal prononcé. Beaucoup le disent à la française, alors que ça se prononce « Karlotta », et même mon nom de famille est souvent mal dit. Kiki, tout le monde sait le dire. Aujourd’hui, beaucoup de gens ne savent même pas que je ne m’appelle pas vraiment Kiki, mais Charlotta. Mais je me sens bien avec ce prénom.

Propos recueillis par Julie Queloz