En Suisse, la floraison du mimosa annonce souvent la fin de l’hiver et le renouveau, le début du printemps. Mais derrière cette image romantique et symbolique se cache une histoire complexe, pleine de symboles, d’aventures humaines et d’enjeux écologiques.

Le 8 mars, c’était la Journée internationale des droits des femmes, instituée par l’Assemblée générale des Nations unies. En particulier en Italie, au Tessin et dans certaines régions francophones, le mimosa est devenu le symbole de cette journée. La raison? L’Union des femmes italiennes (Unione Donne in Italia, ou UDI, une association féministe historique) a associé cette fleur aux célébrations en 1946, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale.

Ces militantes l’ont choisi, car la plante était peu coûteuse et facilement disponible. A l’époque, elle poussait déjà à l’état sauvage dans tout le centre et le sud de l’Italie et fleurissait autour du 8 mars. De plus, le mimosa évoquait la joie – grâce à son éclat solaire –, la sensibilité, mais aussi la force, la vitalité et la résilience, car dans la nature, il surprenait par son abondante et spectaculaire floraison, parvenant à prospérer sur des terrains difficiles et sauvages.

Ce symbolisme a fini par se répandre en dehors de l'Italie, en France, en Suisse, et même... au Japon. Sur la photo, des mimosas sont alignés dans une boutique de fleurs du quartier de Minato, à Tokyo, le 8 mars 2025, à l'occasion de la Journée internationale des femmes. [The Yomiuri Shimbun via AFP - TETSU JOKO] Ce symbolisme a fini par se répandre en dehors de l’Italie, en France, en Suisse, et même… au Japon. Sur la photo, des mimosas sont alignés dans une boutique de fleurs du quartier de Minato, à Tokyo, le 8 mars 2025, à l’occasion de la Journée internationale des femmes. [The Yomiuri Shimbun via AFP – TETSU JOKO]

En Suisse romande, la Croix-Rouge organise aussi des ventes de mimosa chaque fin de mois de janvier. Les recettes vont aux enfants et adolescents issus de familles à revenu modeste ou confrontées à des difficultés financières.

Un étranger arrivé d’Australie à la fin du XVIIIe siècle

Le mimosa (Acacia dealbata) est une plante originaire du sud-est de l’Australie et de Tasmanie. Cette plante (ainsi que d’autres espèces similaires) était totalement inconnue des Européens jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

Gravure de Samuel Calvert représentant le capitaine Cook prenant possession du continent australien au nom de la Couronne britannique, d'après le tableau de T. A. Gilfillan, publiée dans l' Illustrated Sydney News en décembre 1865. [Bibliothèque nationale d'Australie] Gravure de Samuel Calvert représentant le capitaine Cook prenant possession du continent australien au nom de la Couronne britannique, d’après le tableau de T. A. Gilfillan, publiée dans l’ Illustrated Sydney News en décembre 1865. [Bibliothèque nationale d’Australie]

Quelques brins fleuris furent rapportés en Angleterre par le navigateur britannique James Cook, qui la découvrit en 1770. Cependant, c’est le navigateur français Nicolas Baudin qui transporta les premiers plants de mimosa vivants en France après 1804.

Cultivé comme plante ornementale pour sa floraison précoce et spectaculaire, le mimosa arriva sur la Côte d’Azur entre 1850 et 1870. L’espèce se répandit ensuite rapidement dans tout le bassin méditerranéen et, avec le temps, jusqu’aux régions plus clémentes d’Europe centrale. 

En Suisse, une diffusion de plus en plus visible, surtout au sud des Alpes

Des études sur le comportement invasif et l’expansion spontanée du genre Acaciadealbata ont identifié une combinaison de facteurs de succès: une croissance rapide, la capacité de se régénérer après l’abattage ou les incendies, et une grande adaptabilité aux perturbations du sol. 

Au Tessin, relate le média public de la Suisse italienne RSI, le mimosa s’est particulièrement implanté ces dernières décennies, s’échappant des jardins et trouvant des conditions favorables en lisière de forêt, le long des versants ensoleillés exposés au sud, caractérisés par un climat tempéré par les grands lacs.

Carte de la distribution du mimosa en Suisse, selon la fondation Infoflora:

Carte de distribution du mimosa en Suisse. En vert, les observations validées, en violet les observations en cours de validation. Etat au 12 mars 2026. [Infoflora.ch] En vert, les observations validées, en violet les observations en cours de validation. Etat au 12 mars 2026. [Infoflora.ch]

Sa présence est aujourd’hui particulièrement marquée dans les régions de Locarno et de Lugano, où il colonise également les friches et anciennes zones agricoles. Les incendies, même ceux survenus il y a plusieurs années, jouent aussi un rôle important: la chaleur favorise la germination des graines, qui restent viables dans le sol pendant des décennies. Il en résulte une croissance rapide et difficile à maîtriser.

La fondation privée à utilité publique Infoflora, active dans le domaine de l’information et la promotion des plantes sauvages en Suisse, monitore l’expansion en milieu naturel du mimosa en Suisse. Sur la dernière carte de distribution en date du 12 mars, on voit que la plante fait une percée en Haut-Valais, à Genève, en région bâloise et sur quelques points du Plateau.

Branches de mimosa recouvertes de neige à Valbonne, dans le sud de la France, le 26 février 2018. [KEYSTONE - SEBASTIEN NOGIER] Branches de mimosa recouvertes de neige à Valbonne, dans le sud de la France, le 26 février 2018. [KEYSTONE – SEBASTIEN NOGIER] Une espèce exotique envahissante

Le mimosa n’est donc plus seulement une plante ornementale en Suisse: c’est aussi une espèce pionnière, extrêmement compétitive. Il forme des peuplements denses qui étouffent les espèces pionnières indigènes et libère des substances « allélopathiques », c’est-à-dire capables d’inhiber la croissance d’autres plantes, explique Infoflora dans sa liste des espèces exotiques envahissantes.

Fleurs de mimosa à la ferme Trintignac à Pegomas, dans le sud de la France, le 15 janvier 2026. Le massif de Pegomas est la plus grande forêt de mimosas d'Europe. [KEYSTONE - SEBASTIEN NOGIER] Fleurs de mimosa à la ferme Trintignac à Pegomas, dans le sud de la France, le 15 janvier 2026. Le massif de Pegomas est la plus grande forêt de mimosas d’Europe. [KEYSTONE – SEBASTIEN NOGIER]

De plus, il peut fixer l’azote dans le sol, ce qui modifie les caractéristiques nutritionnelles du terrain et finit par réduire la diversité des espèces qui le recouvrent. Par ailleurs, le système racinaire superficiel du mimosa accroît le risque d’érosion des berges. Son pollen, potentiellement allergène pour certaines personnes, constitue également une problématique de santé publique. Pour ces raisons, le commerce du mimosa est interdit.

>> A écouter aussi concernant le début de la saison des pollens : Avec l’arrivée du printemps, la concentration de pollen explose: interview de Roxane Guillod (vidéo) Avec l’arrivée du printemps, la concentration de pollen explose: interview de Roxane Guillod (vidéo) / Forum / 5 min. / le 5 mars 2026 Splendeur de sa floraison

Malgré les risques écologiques liés à sa prolifération incontrôlée, le mimosa, qui demeure un symbole culturel, continue d’exercer une sorte de fascination, notamment grâce à la splendeur de sa floraison.

La ville de Tanneron, située dans le département du Var, en France. Il s'agit d'une étape majeure de la célèbre Route du Mimosa. [https://routedumimosa.com/]
La ville de Tanneron, située dans le département du Var, en France. Il s’agit d’une étape majeure de la célèbre Route du Mimosa. [https://routedumimosa.com/]

Dans le sud de la France, une route lui est même dédiée, reliant Bormes-les-Mimosas à Grasse:la Route du Mimosa, un itinéraire de 130 kilomètres, à parcourir de préférence entre janvier et mars, où l’on peut s’immerger dans la floraison des mimosas, mais aussi constater le caractère envahissant de cette plante.

Contenu externe

Ce contenu externe ne peut pas être affiché car il est susceptible de collecter des données personnelles. Pour voir ce contenu vous devez autoriser la catégorie Services Tiers.

Accepter Plus d’info

Article original: Davide Conconi (RSI), pour l’émission Le Jardin d’Albert

Adaptation française: Julien Furrer (RTS)