Le canton de Fribourg propose une loi sur les langues visant à permettre à certaines communes d’officialiser leur bilinguisme. Douze collectivités pourraient être concernées. Mais les critères retenus pour accéder à ce statut suscitent déjà des oppositions.
Le projet de loi a été pensé pour Fribourg qui compte aujourd’hui 14% de germanophones. Son syndic, Thierry Steiert, explique dans le 19h30 que « les personnes de langue allemande pourraient ainsi exiger que les actes officiels et les réponses à leurs interventions orales ou écrites soient rédigées en allemand ».
Située sur la frontière linguistique, la capitale cantonale doit, selon lui, « se positionner comme une ville bilingue », pour tenir compte de la présence importante de la population germanophone.
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Seuil de 10%
L’avant-projet de loi fixe deux critères pour qu’une commune puisse demander le statut bilingue: au moins 10% de ses habitants doit parler une langue minoritaire et la commune doit être limitrophe d’au moins une autre collectivité utilisant cette langue. Douze communes fribourgeoises remplissent ces conditions, dont Mont-Vully.
Ce seuil de 10% est jugé trop bas par la Communauté romande du Pays de Fribourg, qui craint un affaiblissement des langues majoritaires dans les communes.
Pour Alexandre Papaux, vice-président de cette organisation, « le pourcentage de 10% n’existe nulle part au monde pour des langues qui ne sont pas menacées ». Selon lui, « du point de vue de la jurisprudence et des experts, il faut plutôt entre 30 et 35% pour que la langue officielle d’une commune soit celle qui intègre et permette à tous ses concitoyens de participer pleinement à la vie communale ».
Une richesse selon le Conseil d’État
Le Conseil d’Etat fribourgeois défend au contraire ce projet. Pour le conseiller d’Etat Didier Castella, le bilinguisme constitue « une richesse économique et culturelle », qui renforce l’attractivité de Fribourg et sa reconnaissance au niveau national. « Avant, on en avait peur », rappelle-t-il.
Le projet de loi sur les langues pourrait être débattu au Grand Conseil fribourgeois d’ici à l’été.
Maurice Doucas / juma