Bien avant de devenir une figure emblématique de la mode française, Ines de la Fressange a grandi dans un univers peu ordinaire. Entre un moulin à la campagne et des fêtes improvisées, comme elle le raconte à Madame Figaro.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’enfance d’Ines de la Fressange s’est déroulée loin de l’agitation des villes, dans un monde où les journées s’étiraient lentement. «J’ai grandi à la campagne, dans un immense moulin. J’ai connu l’ennui, mais le bon ennui», raconte-t-elle dans une interview pour Madame Figaro . Enfant, elle occupe son temps comme elle peut. «Je lisais, je peignais, je fabriquais plein de trucs en pâte à modeler», se souvient-elle. Dans son foyer, la créativité n’est pas une activité exceptionnelle : elle fait simplement partie de la vie quotidienne, encouragée par la liberté. Peu attachés aux conventions sociales, ses parents privilégient les qualités humaines et artistiques. «Mes parents n’étaient pas du tout snobs, et surtout pas conventionnels. Ils accordaient plus d’importance au talent des gens qu’à l’argent», explique-t-elle.

L’étrange tribu des «Pop»

Au fil de son entretien pour Madame Figaro, elle évoque un événement qui a particulièrement marqué son enfance. Vers l’âge de 10 ans, sa mère invite à vivre chez eux des amis artistes. «Ma mère a invité des “amis argentins désargentés” à vivre à la maison pendant presque un an. C’était dingue», se souvient-elle.


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Avec leur arrivée, la maison familiale se transforme en véritable laboratoire artistique. Les fêtes se multiplient, les idées fusent, les projets les plus improbables prennent forme. «Ils organisaient constamment des fêtes. Je me souviens d’un bal où tout le monde était habillé en rose», raconte-t-elle. Pour l’occasion, les artistes vont même jusqu’à repeindre «en rose fluo nos deux pianos à queue du salon». La petite bande, qui se fait appeler «les Pop», ne s’arrête pas là. Un jour, ils fabriquent une sculpture monumentale en papier mâché : une grande femme allongée inspirée de l’univers coloré de Niki de Saint Phalle. Parmi ces artistes se trouve aussi un jeune homme au style spectaculaire : Alfredo Arias, futur metteur en scène. «Il avait à peine 20 ans à l’époque, cheveux au carré et chemise taillée dans un drapeau américain… J’étais fascinée», confie-t-elle.

L’imagination comme héritage

Au milieu de cette effervescence, la jeune Ines observe et s’imprègne de tout. Les couleurs, les costumes, les sculptures improvisées : chaque détail nourrit son regard. Avec le recul, elle comprend ce que ses parents lui ont transmis : «Ils m’ont inculqué que l’imagination est une chose précieuse», explique-t-elle.

À l’adolescence, cette imagination se déplace vers les vêtements. Ines commence à transformer ce qu’elle porte. «Je cousais, je fabriquais des espèces d’étoiles dans des jeans découpés, je me tricotais des pulls, raconte-t-elle. Je pensais que toutes les adolescentes du monde s’intéressaient aux vêtements». Pourtant, elle ne se projette pas encore dans la mode. Elle imagine d’autres métiers : anthropologue, ou même pédopsychiatre.

Son entrée dans le mannequinat se fait presque par accident. «Je suis arrivée dans la mode par hasard, je ne savais pas ce que je voulais faire», reconnaît-elle. Au départ, elle pose simplement pour gagner un peu d’argent. «J’ai commencé par être mannequin en dilettante, me disant que c’était un moyen de gagner un peu d’argent de poche». À cette époque, elle n’ose même pas reconnaître ce qui deviendra pourtant évident : «En fait, je ne m’autorisais pas l’idée que j’aimais la mode».