Après deux printemps sans hockey de séries, Genève-Servette HC retrouve enfin les playoffs. Pour le club grenat, c’est presque un soulagement après une période trouble qui avait suivi le titre de champion de Suisse en 2023 et la conquête européenne en 2024. Durant deux saisons, l’équipe avait perdu une partie de son élan et navigué loin des ambitions affichées aux Vernets. Cette fois, le décor a changé. L’équipe dirigée par Ville Peltonen a retrouvé de la stabilité et surtout une identité plus claire, ce qui lui a permis de boucler la saison régulière sur le podium, à la troisième place.
Notre constat est toutefois nuancé. Oui, Genève est revenu parmi les équipes qui comptent, mais cette renaissance s’appuie sur une structure très particulière. Le moteur de la saison grenat est clairement identifié: la ligne étrangère. Le trio finlandais composé de Markus Granlund, Jesse Puljujärvi et Sakari Manninen a porté l’attaque pendant des mois. Granlund s’est même mêlé à la lutte pour le titre de meilleur compteur du championnat et a souvent été le joueur qui débloque les matches importants. Cette dépendance offensive est pourtant aussi l’une des principales interrogations avant les playoffs. Genève est, à notre sens, une équipe parfois «unidimensionnelle»: lorsque sa première ligne fonctionne, tout paraît fluide, mais lorsque l’adversaire réussit à la neutraliser, l’attaque peut rapidement perdre de sa créativité. Les playoffs sont réputés pour leur intensité physique et leur discipline tactique. Les espaces se ferment, les meilleurs joueurs sont surveillés de très près et les séries se transforment souvent en duels d’usure. Dans ce contexte, la question est simple: que se passe-t-il si les leaders offensifs sont muselés?
C’est là que le reste du vestiaire sera attendu. Plusieurs joueurs suisses, qui faisaient partie de l’équipe championne il y a trois ans, ont traversé une saison plus discrète. Pourtant, dans les séries, ce sont souvent les troisièmes lignes, les défenseurs offensifs ou les joueurs de rôle qui font basculer un match. Nous insistons sur ce point: pour viser plus loin qu’un simple quart de finale, Genève devra obtenir des contributions réparties dans tout l’alignement et pas uniquement de sa ligne finlandaise.
Un autre facteur pourrait cependant faire pencher la balance du côté grenat: la position de gardien. Le club dispose d’un tandem qui inspire le respect dans toute la ligue. Robert Mayer reste associé au souvenir du printemps 2023, lorsqu’il avait multiplié les performances décisives pour conduire Genève au titre. À ses côtés, Stéphane Charlin s’est affirmé comme l’un des gardiens les plus performants du championnat ces derniers mois. Malgré une petite baisse de régime sur l’ensemble de la saison, il part en No 1. Dans une série serrée, un gardien capable de voler un match peut complètement renverser la dynamique. Autant de bons points qui parlent en faveur des pensionnaires des Vernets…
Et l’adversaire?
Genève, une équipe taillée pour contrer le LHC? La première grande force lausannoise reste la profondeur de son attaque. Les Lions disposent de plusieurs lignes capables de produire offensivement, ce qui rend l’équipe difficile à neutraliser. Des joueurs comme Austin Czarnik, Théo Rochette ou Damien Riat offrent des profils complémentaires entre créativité, vitesse et sens du but. Cette diversité offensive permet à Lausanne de maintenir un rythme élevé et d’éviter de dépendre d’un seul trio. La défense constitue également l’un des piliers du projet lausannois. Elle mélange expérience et mobilité avec des joueurs capables de relancer rapidement le jeu. Des défenseurs offensifs comme Erik Brännström ou Sami Niku apportent une vraie dimension technique depuis la ligne bleue, ce qui permet au LHC de soutenir l’attaque et d’alimenter le jeu de puissance. Au-delà des individualités, la véritable force du Lausanne HC réside cependant dans son identité collective.
Pour les Aigles, il y a aussi la dynamique du moment. Genève a terminé la saison régulière sur une note très positive, avec plusieurs victoires convaincantes et une démonstration 7-0 contre Kloten pour verrouiller la troisième place. Cette fin de championnat réussie a redonné confiance à une équipe qui semblait encore fragile il y a quelques mois. La réalité des playoffs reste cependant implacable. Les Grenat arrivent avec des arguments solides: un premier trio dominant, des gardiens capables de changer une série et l’expérience d’un vestiaire qui a déjà gagné. Mais ils arrivent aussi avec un doute qui revient souvent: cette équipe a-t-elle suffisamment de profondeur pour survivre à deux mois de hockey de combat? Si la ligne finlandaise continue d’empiler les points et que les gardiens maintiennent leur niveau, Genève peut tout à fait se mêler à la lutte pour le titre. Mais si l’attaque se grippe et que l’équipe devient prévisible, le retour des Aigles en playoffs pourrait aussi s’arrêter plus tôt que prévu.