l’essentiel
Avec un seul spécialiste hospitalier et des renforts venus de Toulouse, le département du Gers s’organise pour maintenir les soins respiratoires et renforcer la prévention face à la hausse des maladies pulmonaires.

Le constat est sans appel : le Gers ne dispose que d’un seul pneumologue hospitalier. Le service de pneumologie du Centre Hospitalier d’Auch a fermé ses portes après le départ de ses deux praticiens. Une situation qui laisse le Dr Sammy Rakotonirina seul face à un bassin de population qui a besoin d’un suivi indispensable.

« Un pneumologue hospitalier pour un département, c’est bien sûr complètement insuffisant », confirme le praticien.

Heureusement, il peut compter sur le Dr Élise Noël-Savina qui vient désormais prêter main-forte une fois par semaine depuis le CHU de Toulouse, dans le cadre d’une mission de renfort portée par une équipe de quatre pneumologues volontaires.

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En l’absence d’un service structuré, une activité dite « transversale » a été mise en place. Consultations, avis, gestes techniques et explorations fonctionnelles respiratoires sont assurés auprès des différents services de l’hôpital.

L’objectif ? Éviter que les patients gersois n’aient à se rendre jusqu’à Toulouse pour une spirométrie ou un scanner thoracique. Car, le Gers n’est pas épargné par les maladies respiratoires.

BPCO, pleurésies, cancers

Le profil des patients reçus à Auch semble correspondre, du moins en partie, aux particularités du territoire. Le fond de l’activité médical repose sur des patients, avec des symptômes respiratoires, adressés par leur médecin généraliste.

Parmi les pathologies, les praticiens font face à de nombreux cas de pleurésies, de maladies rares et surtout de nombreuses BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive).

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Cette maladie, liée principalement au tabac, peut être expliquée par un facteur qui semble être propre au territoire rural : les expositions agricoles. Pesticides, poussières organiques, produits phytosanitaires : le département cumule les facteurs de risque respiratoires.

« Dans le Gers, on a beaucoup de BPCO très sévères du fait de l’exposition agricole combinée au tabagisme, davantage que dans un environnement plus citadin », confirme le Dr Élise Noël-Savina.

L’hôpital d’Auch continue d’investir pour la santé. Récemment, elle a fait l’acquisition d’une cabine de spirométrie (test de mesure de la respiration).

L’hôpital d’Auch continue d’investir pour la santé. Récemment, elle a fait l’acquisition d’une cabine de spirométrie (test de mesure de la respiration).
DDM – Sébastien Lapeyrère.

À cela s’ajoute la pollution domestique : des maisons mal isolées, vieillissantes et des poêles à bois ou des cheminées qui génèrent des polluants.

Sur le versant cancérologique, la tendance reste plus que jamais préoccupante : des patients de plus en plus jeunes, des quadragénaires, des femmes de plus en plus représentées. Un constat renforcé par un tabagisme qui ne faiblit pas.

La puff, nouveau fléau des 11-13 ans

Si le paquet de cigarettes classique recule progressivement sous l’effet des hausses de prix (l’Australie, qui a fortement taxé le tabac, fait figure d’exemple en la matière), l’industrie a trouvé de nouvelles manières pour fidéliser des consommateurs dès le plus jeune âge.

La cigarette électronique jetable est devenue en quelques années une catastrophe sanitaire selon les deux médecins. « On se retrouve avec des enfants de 11, 12, 13 ans qui fument des puffs », alerte le Dr Noël-Savina. « C’est catastrophique. »

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Les conséquences se font déjà sentir en consultation : des patients de plus en plus jeunes présentent des BPCO, des emphysèmes, voire des cancers du poumon à un âge précoce.

Les pneumologues insistent : avant même de parler de traitements, « c’est sur la prévention et l’éducation à la santé qu’il faut concentrer les efforts, dès le collège. »

Prévention et sensibilisation

Face à tous ces défis, l’hôpital d’Auch mise sur la sensibilisation et la prévention. Après le succès de la journée de la BPCO, un événement sera organisé à l’occasion de la journée mondiale de l’asthme en mai1.

Au programme : tests respiratoires, conseils et information sur les risques liés au tabagisme et aux polluants environnementaux. Une occasion de rappeler aux Gersois qu’une offre de soins en pneumologie existe bel et bien sur place.

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Et pour ceux qui se poseraient la question, pour échanger avec un pneumologue, la voie à privilégier reste la même : consulter d’abord son médecin traitant qui contactera directement le secrétariat de pneumologie du CH d’Auch. « Le délai d’attente pour obtenir un rendez-vous est d’environ trois semaines », indique le Dr Sammy Rakotonirina.

1Rendez-vous gratuitement le mercredi 6 mai 2026, de 9h à 16h, dans le hall d’entrée de l’hôpital. Dépistage ouvert à tous mais la prise de rendez-vous est obligatoire auprès du secrétariat de pneumologie au 05 62 61 32 36.

L’intelligence artificielle et la médecine

Sur un autre front, celui des nouvelles technologies, la reflexion est en cours dans le domaine de la pneumologie pour intégrer progressivement l’intelligence artificielle à la pratique. Les trauvaux de recherche sont menés autour de l’analyse de scanners thoraciques pour prédire la réponse des patients atteints d’hypertension pulmonaire à leur traitement.

« Il faut qu’on réussisse à maîtriser l’IA avant qu’elle ne nous maîtrise », résume le Dr Élise Noël-Savina, tout en reconnaissant le potentiel de cet outil. Ce, notamment en imagerie, pour améliorer le dépistage précoce du cancer du poumon.