Après y avoir fait ses débuts dans la mise en scène lyrique avec « Il Signor Bruschino » et « Gianni Schicchi » de Puccini en 2004, Mariame Clément est de retour à l’Opéra de Lausanne. Elle y met en scène « Orlando » de Haendel, un chef-d’oeuvre du baroque construit sur la chevalerie, l’amour et la folie.
« J’ai retrouvé cette ville avec beaucoup de bonheur et ce théâtre avec plus de bonheur encore », indique Mariame Clément dans l’émission Concert du soir du 14 mars. Malgré les années et l’expérience accumulée, celle qui se définit aujourd’hui comme « une vieille briscarde de la mise en scène d’opéra » n’a rien oublié de l’émerveillement de ses débuts.
« L’intérêt d’une petite salle comme celle de l’Opéra de Lausanne, c’est que l’on peut faire de la direction d’acteurs très minutieuse. Et c’est ce que j’aime faire. Les grandes maisons font rêver, mais ce n’est pas forcément mon fantasme. Agencer des grands mouvements sur une grande scène, c’est une chose; faire de la direction d’acteurs avec des regards, des choses très fines et sensibles, des micromouvements, c’en est une autre. Ces deux choses ne sont pas forcément incompatibles, mais il est vrai que je prends énormément de plaisir à pouvoir faire de la direction d’acteurs en finesse ».
>> A écouter, l’interview de Mariame Clément à propos d’Orlando de Haendel à l’Opéra de Lausanne : Mariame Clément explore les mille facettes d' »Orlando » de Haendel à l’Opéra de Lausanne / Concert du soir / 52 min. / samedi à 19:32 Une histoire de chevalerie et de sentiments
La metteuse en scène Mariame Clément. [Elisa Haberer]
Dans la capitale vaudoise, la metteuse en scène française donne à voir sa vision d' »Orlando » de Georg Friedrich Haendel, un opéra créé en 1733 à Londres avec Senesino, le grand castrat rival de Farinelli. Cette histoire chevaleresque inspirée de L’Arioste (« Roland furieux ») détient une « trame narrative très ténue, en dépit de la grandeur de la musique de Haendel », confie Mariame Clément.
« L’histoire repose essentiellement sur les sentiments des personnages et toutes les facettes du sentiment amoureux: l’amour, le désamour, la jalousie, la mauvaise conscience, l’impossibilité de quitter quelqu’un, l’impossibilité d’être quitté, le fait que l’on ait quitté quelqu’un, mais que l’on ne voudrait pas lui faire de peine. Ce sont des choses extrêmement fines qui nous parlent beaucoup et qui ne nous émeuvent réellement que si elles sont perçues dans leur finesse. Sinon, on a l’impression qu’il ne se passe rien dans cet opéra ».
« Orlando » de Haendel dans la mise en scène de Mariame Clément à Lausanne. [Opéra de Lausanne – Carole Parodi] Stimuler l’imaginaire et la créativité
La structure de la musique de Haendel est relativement fixe, relève la metteuse en scène. « Les textes sont assez abstraits et un air peut se limiter à deux phrases. (…) Le répertoire plus tardif, par exemple Puccini, est beaucoup plus prescriptif, avec des livrets qui sont plus psychologiques. La question se pose donc de savoir comment l’on traite ces œuvres pour raconter une histoire. Cela peut être déroutant, mais je trouve cela incroyablement stimulant pour l’imagination et la créativité. (…) On peut jouer avec mille facettes différentes d’un même texte, et c’est cela qui m’intéresse dans la mise en scène de cet ‘Orlando' ».
Mariame Clément conçoit son métier comme le fait de raconter une histoire, le plus sincèrement et le plus humblement possible. Avec des opéras archiconnus, dont le public connaît déjà le propos et l’issue, la tâche se complexifie.
« On peut se méprendre en voulant absolument inventer une nouvelle histoire. Il faut simplement se dire: ‘je vais essayer de comprendre en quoi cette histoire me touche et je la raconterai à ma manière. Et cela sera nécessairement original, sans rechercher l’originalité, puisque je suis qui je suis' », indique la metteuse en scène, qui se réjouit qu' »Orlando » n’ait jamais été monté sur la scène de l’Opéra de Lausanne. « Cela permet un rapport plus immédiat avec le public. On peut le prendre par la main, l’emmener quelque part pour le faire rêver et se mettre en empathie avec les personnages », conclut-elle.
Propos recueillis par Serene Regard
Adaptation web: Melissa Härtel
« Orlando » de Haendel, mise en scène de Mariame Clément, avec Paul-Antoine Bénos-Djian, Marie Lys, Paul Figuier, Ana Vieira Leite, Callum Thorpe, l’Orchestre de Chambre de Lausanne sous la direction de Christopher Moulds, à voir à l’Opéra de Lausanne les 20, 22 et 24 mars 2026.