Par

Ludivine Laniepce

Publié le

18 mars 2026 à 6h39

Marco Teani, Franco-Italien de 66 ans résidant dans le Cotentin (Manche) depuis 2021, a lancé une pétition en janvier 2026 : « Pour une Europe souveraine : choisis tes outils numériques et soutiens l’emploi local. » Le succès a rapidement été au rendez-vous puisque 41 000 personnes ont d’ores et déjà signé son appel. Pour cet enseignant, qui a autrefois travaillé dans l’informatique, notre dépendance aux logiciels, applications et autres sites américains doit nous interpeller. Et il invite particulièrement les maires à se mobiliser.

Comment est née l’idée de votre pétition ?

Tout a commencé par un ras-le-bol de Donald Trump. Je me suis dit : Bon sang ! Nous n’allons quand même pas subir ses lubies ! Au départ, je voulais boycotter les produits américains. Mais cela n’était pas si simple car cela risquait de pénaliser les gens qui travaillent pour eux en France. En revanche, du point de vue numérique, tout est délocalisé. Les ingénieurs, les data centers (centres de données, NDLR), qui sont au passage un désastre écologique, nos données… Tout cela nous échappe complètement, ainsi qu’à nos ingénieurs, nos informaticiens, nos entreprises. J’ai donc lancé cette pétition pour privilégier les solutions numériques européennes face à l’hégémonie des géants américains. Et j’ai été positivement surpris de son succès. Mais il faut dire que c’est un débat qui est dans l’air du temps.

Microsoft (Word, Excel, OneDrive, Teams, Outlook, PowerPoint…), Google (Gmail, Maps, Docs…)… Qu’est-ce qui explique notre dépendance à ces solutions américaines ?

L’habitude ! Ces outils sont pratiques et ils sont aussi bien reliés les uns aux autres. Google est très habile pour lier ses environnements. Mais il faut se prendre en main, prendre une décision et l’appliquer. J’ai ainsi commencé par m’obliger à utiliser lilo.org (outil français) comme messagerie, par exemple. Je crois qu’il est très important que nous reprenions le contrôle des outils numériques et des logiciels que l’on utilise. C’est une question de souveraineté. L’idée, c’est de déconstruire ces habitudes qui se sont constituées au fil du temps car tout ce qui est proposé est fait pour être utilisé facilement, sans avoir à penser.

Quels sont les risques ?

Le risque qu’il y a à utiliser ces logiciels américains, c’est qu’on a aucune garantie sur la manière dont nos données, nos informations, sont utilisées et stockées sur leurs serveurs. Autre chose : quand j’ai appris que la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) avait renouvelé son contrat avec Palantir (géant américain de l’analyse de données proche de Donald Trump), je me suis vraiment dit qu’on avait un énorme problème de souveraineté… En France, l’État a créé LaSuite (suite de logiciels libres pour les agents publics). C’est une très bonne chose car l’État a sa part à jouer, même si parmi les agents, certains ont encore des réticences. Au CNED (Centre national de l’enseignement à distance) comme dans d’autres organismes publics, Teams est encore utilisé.

À travers votre pétition, vous souhaitez également toucher les maires.

Oui, j’ai fait le lien avec les élections municipales. Je suis un simple citoyen, je n’ai pas de casquette partisane. Voici ce que je voudrais leur demander : Si vous utilisez des solutions américaines dans vos communes, seriez-vous prêts à les changer en confiant cette migration à des entreprises locales ? Je le sais, cette migration aurait un coût. Mais chaque euro investi serait aussi reversé à des acteurs locaux. Il faut vraiment se pencher sur la question, aider les mairies qui n’ont pas les compétences techniques à faire un état des lieux, créer un écosystème pour aider les collectivités territoriales, les entreprises, à se libérer de cette emprise. L’Union européenne, qui est quelque chose d’unique au monde que l’on a réussi à créer, peut aussi nous aider à fixer un cap européen. Ce sujet de la dépendance aux logiciels américains dépasse largement le cadre des experts. La société civile doit s’en emparer.

La pétition

« Le véritable combat pour notre indépendance se joue aujourd’hui sur nos écrans. Nos données, nos administrations et nos entreprises dépendent trop de logiciels et de plateformes venus d’ailleurs. Je vous appelle à un sursaut de souveraineté numérique. Préférer les logiciels, les applications et les infrastructures françaises ou européennes, c’est protéger notre vie privée et notre liberté de décision. C’est aussi un moteur économique puissant : chaque euro investi dans le numérique européen irrigue nos entreprises locales, crée des emplois chez nous et renforce notre savoir-faire. »

Propos recueillis par Ludivine LANIEPCE

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