Selon le dossier pénal de l’affaire Michael, que l’émission Temps Présent s’est procuré, le Nigérian de 39 ans décédé en mai à Lausanne était en situation illégale en Suisse depuis dix ans. Cinq policiers sont poursuivis pour homicide par négligence dans le cadre de cette affaire.

Comment expliquer la mort de Michael Ekemezie en mai dernier à l’Hôtel de police de Lausanne? Seule l’autopsie, toujours en cours, permettra de répondre à cette question. Mais Temps Présent, qui a eu accès au dossier pénal, est en mesure de livrer plusieurs éléments inédits sur cette affaire, la dernière en date qui vaut à des policiers vaudois d’être inquiétés en justice.

Le drame remonte au 25 mai. Vers 21h, deux policiers lausannois repèrent deux individus sur la passerelle du Flon, qui est connue pour le deal. Les agents décident de les contrôler. L’un deux est Michael Ekemezie, qui prend la fuite en courant.

Ce Nigérian âgé de 39 ans, marié et père de deux enfants, est en situation illégale en Suisse depuis une dizaine d’années et il a déjà été condamné plusieurs fois pour infraction à la loi sur les stupéfiants. Les agents ne savent alors rien de son casier judiciaire et l’un d’eux part à ses trousses.

« Un échange un peu musclé »

Après plusieurs minutes de course-poursuite, l’interpellation a lieu sur un parking situé près de la gare. Le policier a du mal à neutraliser Michael. « Je ne suis pas capable de vous donner une durée de l’altercation (…) Je pense que ça a duré quelques minutes », a déclaré l’agent lors de son audition.

Le policier demande du renfort et trois collègues débarquent. Michael est menotté et il demande à boire. Mais aucun agent n’a de l’eau à lui donner.

Plusieurs voisins assistent en partie à l’interpellation. Une voisine en filme même quelques secondes. « J’ai vu un policier au sol sur une personne. C’était un échange un peu musclé entre les deux. J’ai sorti mon téléphone pour faire une vidéo de quelques secondes. Je me suis sentie impuissante (…) J’ai entendu la personne interpelée dire ‘You hurt me’ (Tu me fais mal) trois ou quatre fois », a-t-elle expliqué lors de son audition.

>> Voir le reportage de Temps Présent sur la police vaudoise : Racisme, police et les étranges enquêtes vaudoises Racisme, police et les étranges enquêtes vaudoises / Temps présent / 46 min. / le 4 décembre 2025 « La situation est calme »

Michael est alors conduit à l’Hôtel de police de Lausanne. « Durant tout le trajet (…) la situation est calme et il n’y a rien dans son comportement qui laisse penser qu’il pourrait y avoir un problème », assure aux enquêteurs un policier présent à bord du véhicule. « L’individu parlait en anglais avec un accent qui était difficile à comprendre », a précisé une policière qui était elle aussi à bord du véhicule.

Michael a-t-il fait un malaise durant le trajet? En tout cas, lorsque la voiture pénètre dans l’Hôtel de police, un agent doit le tirer pour le sortir du véhicule. Cela se voit très clairement sur les images d’une caméra de surveillance placée à l’intérieur de l’Hôtel de police, et figurant au dossier pénal.

« Je n’avais jamais vu ça »

Michael semble inconscient. Tout s’enchaîne alors très vite: les premiers secours donnés par des policiers, l’arrivée des ambulanciers et des médecins. Mais les soignants ont du mal à le secourir tant il vomit. « Je n’avais jamais vu cela auparavant durant mes onze ans de carrière », a confié une ambulancière lors de son audition.

Michael décède à l’Hôtel de police moins d’une heure après le début de la course-poursuite. Les médecins ont trouvé cinq boulettes de cocaïne dans sa bouche et son estomac, mais seule l’autopsie établira donc les causes du décès.

Dans cette affaire, cinq policiers sont prévenus d’homicide par négligence: les quatre qui ont procédé à l’interpellation de Michael ainsi que le chef de groupe qui a ordonné son transport à l’Hôtel de police. Ils sont tous présumés innocents et aucun n’a été placé en détention.

>> Revoir le sujet du 19h30 après le décès de Michael : Décès d'un Nigérian au poste de police. Les proches de la victime témoignent Décès d’un Nigérian au poste de police. Les proches de la victime témoignent / 19h30 / 2 min. / le 2 juin 2025

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Fabiano Citroni