La viticulture suisse traverse l’une de ses plus graves crises des dernières décennies, avec une baisse de la part de vins suisses bus et des viticulteurs ne parvenant plus à vivre de la production de raisin. Le secteur attend des réponses rapides et conséquentes de l’Etat. Que doit-il faire? Réponses du Conseiller d’Etat Christophe Darbellay.

Invité mercredi dans La Matinale de la RTS, le conseiller d’Etat valaisan en charge de l’économie Christophe Darbellay a rappelé les principales causes de la crise viticole.

« On a un système d’importation totalement déficient, avec une protection d’opérette à la frontière. On peut importer du vin pour un franc le litre […], un prix qui défie toute concurrence », pointe d’entrée de jeu le Centriste. Il se dit toutefois satisfait que le Conseil fédéral ait maintenant pris des mesures et proposé en consultation un paquet qui prévoit une meilleure protection à la frontière. « C’est une première bonne nouvelle, parce que ça fait 30 ans qu’on s’y essaye et qu’on n’y arrive pas ».

On a un système d’importation totalement déficient, avec une protection d’opérette à la frontière

Christophe Darbellay, conseiller d’Etat valaisan en charge de l’économie  Revoir le contingent d’importation

Second problème, le changement des habitudes de consommation. « A l’époque où on a eu l’idée de libéraliser les importations de vin, au début des années 90, sous Jean-Pascal Delamuraz, la Suisse consommait encore 280 millions de litres de vin. Aujourd’hui, on est à peu près à 217 millions », rappelle Christophe Darbellay, qui regrette que le Conseil fédéral n’ait pas accepté de revoir le contingent d’importation convenu avec l’Organisation mondiale du commerce, « plus du tout adapté à la situation actuelle ».

>> Lire aussi : Les Suisses boivent moins de vin et tournent le dos aux crus locaux

Faudrait-il taxer davantage le vin étranger importé? « Evidemment que j’y serais favorable! Mais la Suisse, ce n’est pas les Etats-Unis. On n’est pas Donald Trump. On n’a pas les mêmes possibilités quand on est un petit pays très orienté sur l’exportation. On doit s’en tenir aux règles multilatérales », relève le Valaisan.

Le pari du haut de gamme

L’unique solution à ses yeux est de sacrifier la quantité pour la qualité. « On est au bout du système basé sur le volume […] Le marché du vrac, avec des vins anonymes vendus par des entreprises dont on connaît à peine la raison sociale au fin fond de la Suisse allemande, c’est un modèle qui a vécu. Aujourd’hui, 70% du vignoble valaisan est très bien mis en valeur par des gens qui font des produits authentiques, haut de gamme, avec une très bonne valeur ajoutée, et 30% n’est pas mis en valeur de manière correcte, avec des prix qui ne couvrent plus aucun coût de production », analyse-t-il.

Et de résumer: « Le modèle économique qui est à bout de souffle, c’est celui de produire du raisin. C’est quelque chose de très noble, de très beau, mais vendre du raisin en vrac de manière anonyme, sans grande valeur ajoutée, est un modèle qui ne permettra plus jamais de couvrir les coûts de production », analyse le conseiller d’Etat valaisan.

>> Lire aussi : Les vignerons vaudois s’insurgent contre les bas prix de Fenaco

Des aides, mais ciblées

A l’inverse, « il y a des caves qui s’en sortent bien […] Si vous mettez en valeur votre bouteille, que vous avez beaucoup de ventes directes et un produit de qualité, vous pouvez vous en sortir », estime Christophe Darbellay. Il en veut pour preuve le fait que le canton reçoit beaucoup de demandes de personnes « qui croient à l’avenir de ce secteur, qui veulent construire de nouvelles caves, replanter et restructurer leurs vignes ».

Ces vignes en terrasse, ces paysages du Lavaux, du Valais, de la campagne genevoise… Tout ça n’existera plus s’il n’y a pas une activité économique qui rémunère l’ensemble de la chaîne de production

Christophe Darbellay

« C’est vers ce modèle-là qu’on aimerait diriger nos aides, et pas forcément en réglant un problème de marché qui est un problème du passé, avec des vignes dont la valorisation économique aujourd’hui n’est plus assurée parce qu’il n’y a pas, au bout, une valorisation sous forme de vente directe ou de bouteille de qualité », poursuit le conseiller d’Etat, réfutant au passage les critiques accusant le Valais de ne pas assez soutenir sa branche viticole.

Christophe Darbellay lance aussi un appel à la responsabilité des acteurs du marché et des consommateurs: « Il faut faire plus de marketing, il faut boire des vins suisses. […] Ce vignoble, il est emblématique. C’est un peu notre ADN. Ces vignes en terrasse, ces paysages du Lavaux, du Valais, de la campagne genevoise… Eh bien tout ça n’existera plus s’il n’y a pas, à la fin, une activité économique qui rémunère l’ensemble de la chaîne de production », plaide-t-il.

>> Sur ce sujet : Inquiets pour leur avenir, les vignerons suisses demandent des mesures protectionnistes

Contenu externe

Ce contenu externe ne peut pas être affiché car il est susceptible de collecter des données personnelles. Pour voir ce contenu vous devez autoriser la catégorie Services Tiers.

Accepter Plus d’info

Propos recueillis par Pietro Bugnon

Adaptation web: Vincent Cherpillod