Un projet de recherche a étudié comment les communautés de l’âge du bronze dans la plaine du Pô géraient les ressources alimentaires de façon responsable: une leçon pour notre avenir.
Durant son histoire, l’humanité a connu une période marquée par une connaissance approfondie du territoire et de ses ressources. Certains exemples vertueux nous sont révélés par des recherches archéologiques menées dans la plaine du Pô, en Italie voisine. Dans cette région fertile, il y a environ 3500 ans, on trouvait de nombreux villages habités, parfois de grande taille, pouvant accueillir jusqu’à plusieurs centaines d’individus, et ce sur une longue durée.
Cette dernière caractéristique est l’une des grandes nouveautés par rapport aux périodes précédentes. Au Néolithique et à l’âge du cuivre, les villages ne duraient que quelques générations, puis les communautés devaient se déplacer parce qu’elles avaient déjà surexploité les ressources du territoire. « À l’âge du bronze, en revanche, on apprend manifestement à garantir cette stabilité des villages pendant des centaines d’années », souligne le professeur italien Maurizio Cattani dans Il giardino di Albert, l’émission scientifique de RSI.
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C’est le succès démographique de ces populations, entre la fin du troisième et le début du premier millénaire avant notre ère, qui a poussé ce professeur au Département d’histoire, cultures et civilisations de l’Université de Bologne et d’autres chercheurs à lancer OnFoods in prehistory. Ce projet vise à étudier les comportements alimentaires de l’époque, à la recherche de méthodes de gestion du territoire plus durables. Que pouvons-nous donc apprendre de nos ancêtres?
Une alimentation diversifiée
L’étude a été menée par des chercheurs issus de différentes disciplines. Marialetizia Carra, elle aussi chercheuse au Département d’histoire, cultures et civilisations de l’Université de Bologne, s’est chargée de l’analyse archéobotanique, en étudiant les restes d’origine végétale provenant des sites d’habitation.
« En général, la plupart des vestiges que nous retrouvons sont sous forme carbonisée, c’est-à-dire qu’ils ont été en contact avec une source de chaleur. Cela a permis la transformation de la matière organique en charbon et donc sa conservation, car le charbon n’est plus sujet à la dégradation », explique la spécialiste.
Les analyses archéobotaniques ont montré que l’alimentation de ces communautés reposait principalement sur les céréales, qui représentaient environ 70% du régime alimentaire. Parmi celles-ci, on cultivait surtout l’orge, différentes variétés d’épeautre et de blé, mais aussi des céréales à petits grains comme le millet, le seigle et l’avoine. Les légumineuses et les fruits sauvages constituaient également un élément essentiel de l’alimentation.
Que nous disent ces découvertes? « Les informations recueillies montrent une alimentation diversifiée, cherchant à intégrer à la fois ce que l’homme produisait et, en cas d’années peu favorables, ce qu’il pouvait trouver dans l’environnement alentour. Cela supposait aussi une connaissance approfondie du territoire et la capacité d’exploiter et de valoriser toutes les ressources disponibles », note Marialetizia Carra.
L’archéologie expérimentale
Pour aller au-delà des simples découvertes, le projet OnFoods in prehistory a eu recours à l’archéologie expérimentale. « Nous avons cultivé des terrains présentant des conditions plus ou moins identiques à celles de l’âge du bronze », indique Maurizio Cattani. L’équipe a utilisé des semences anciennes, non génétiquement modifiées, et a suivi tout le processus, du semis à la récolte, en mesurant et en calculant le rendement final.
Les résultats sont surprenants: la productivité des champs présentait un bon rapport semis-récolte, avec une production estimée à 14 quintaux par hectare. Des estimations nettement supérieures à celles rapportées par les sources classiques.
Cuisine expérimentale à Solarolo, en Émilie-Romagne (I). [Università di Bologna – OnFoods in prehistory] Un modèle pour l’avenir?
À la lumière de ces données, en quoi l’alimentation de nos ancêtres peut-elle constituer un modèle pour nous? Pour Maurizio Cattani, la clé réside dans la manière d’exploiter le territoire. « Aujourd’hui, l’agriculture repose sur l’utilisation massive de produits chimiques pour fertiliser. À long terme, l’ajout de produits chimiques modifiera le sol et il arrivera peut-être un moment où, pendant de longues périodes, il ne sera plus exploitable », avertit-il.
En revanche, à l’âge du bronze, pendant des siècles, la nourriture provenait des ressources locales, garantissant l’utilisation des terres également pour les générations suivantes.
L’étude menée dans le cadre du projet OnFoods in prehistory nous aide ainsi à repenser notre rapport à ce qu’un territoire peut offrir en termes d’alimentation. Elle permet de redonner vie à des savoirs anciens grâce à l’observation des civilisations paysannes du passé. Des savoirs qui ont progressivement disparu dès la fin du XIXe siècle, lorsque l’approche durable des sols a peu à peu laissé place à des formes d’agriculture toujours plus intensives.
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Matteo Martelli, RSI/dk