Après avoir mis un terme à sa carrière de défenseur au HC Davos en 2021, Félicien Du Bois est resté au sein du club grison. Champion en 2015 avec le HCD, le Neuchâtelois de 42 ans y est en effet coach assistant des M21. L’ex-international aux 124 capes s’est remémoré les temps forts de sa carrière pour RTSsport.ch.
Durant son enfance, la Patinoire du Bugnon aux Ponts-de-Martel (NE) était sa seconde maison. D’innombrables heures passées sur la glace, notamment en compagnie de son frère Valentin -ancien défenseur du HC La Chaux-de-Fonds en LNB-, ont façonné les aptitudes de Félicien Du Bois.
Ses premières confrontations avec le plus haut niveau, dans les gradins à Berne lors du Mondial 1990, ou encore à Fribourg pour y admirer Slava Bykov et Andrei Khomutov ont, elles, avivé une passion qui n’a jamais faibli depuis lors. « Petit, je ne me rendais toutefois pas compte que je pourrais en vivre un jour », avoue-t-il.
La vie de l’ancien défenseur, dont l’intérêt pour l’organisation au sol de l’aviation civile est tout aussi vif que celui pour le hockey, n’a cependant pas toujours été un fleuve tranquille. En 2003, alors qu’il était au début sa carrière, à Ambri, Du Bois a en effet perdu sa soeur à cause d’une maladie. Et subi un grave accident de voiture.
« Ces étapes m’ont fait grandir et m’ont forgé le caractère. Cela m’a clairement appris à relativiser dans les moments difficiles », explique l’ancien consultant polyglotte de RTSsport, passé chez SRF.
Heureusement, je n’ai pas de séquelles sur ma main
Félicien Du Bois
RTSsport.ch: Votre carrière de joueur s’est terminée en queue de poisson…
FELICIEN DU BOIS: Oui, mais je n’en ai pas énormément souffert non plus. En juillet 2020, je m’étais brisé le tendon d’Achille, à l’aube de ce que je savais être ma dernière saison. Après l’opération, ma réhabilitation s’est très bien passée, la motivation était là. Je me suis entraîné comme un malade pour revenir au jeu avant les playoffs. Puis, lors de mon 4e match, je me casse une main… Lors d’une action banale, comme il peut y en avoir 40 par rencontre. Mon corps a dit stop et c’était évidemment dur à digérer. Mais il a fallu se faire une raison. Je suis passé sur le billard en urgence, car le nerf était à 2 doigts de s’éteindre. Heureusement, je n’ai pas de séquelles aujourd’hui.
RTSsport.ch: Le HC Davos vous avait proposé le poste de directeur sportif. Ne regrettez-vous pas votre refus?
FELICIEN DU BOIS: Non, au contraire. ll me manque encore de la bouteille. Dans 10 ans, je vous répondrai peut-être que je suis prêt pour ce rôle. Mais je pense que je me ferais un peu « bouffer » par les autres. Dans ce monde de « requins », je ne serais pas à l’aise lorsqu’il s’agirait de négocier. Et je suis très empathique, je prends les choses trop personnellement. Si j’engageais un entraîneur, je me sentirais coupable après une série de 3 défaites.
Je suis allé à Ambri avant tout pour y apprendre l’italien. Puis tout s’est bien déroulé
Félicien Du Bois
RTSsport.ch: Retournons dans le passé. Vous avez débuté en LNA en 2002/03, à Ambri-Piotta.
FELICIEN DU BOIS: Au départ, j’avais demandé de rejoindre les juniors d’Ambri avant tout pour y apprendre l’italien, après la fin de ma scolarité obligatoire au Locle. Je ne pensais pas forcément faire carrière au plus haut niveau. Et en fait tout s’est bien déroulé pour moi au Tessin. Dans un club qui, faute de moyens, faisait confiance aux jeunes. J’ai intégré la 1re équipe relativement tard, car j’étais passé sous les radars des sélections nationales juniors. Mais j’ai su saisir ma chance lorsqu’on me l’a donnée.
RTSsport.ch: Au 1er tour des playoffs en 2006, le HCAP mène 3-0 dans la série. Vous perdez finalement 4-3 contre Lugano, le futur champion. Une élimination crève-coeur…
FELICIEN DU BOIS: C’est en effet l’un des moments « sombres » de ma carrière. On était proche de notre rêve, à savoir sortir le « grande » Lugano de Petteri Nummelin et Cie. J’étais sur la glace quand Julien Vauclair, sorti du banc des pénalités, a égalisé à 4-4 lors du 4e acte, en échappée. J’ai patiné tellement vite pour le rattraper que j’en ai oublié de freiner et de lever la tête (rires). Et j’ai sans doute poussé le puck du patin, sous le ventre du gardien Thomas Bäumle. Nous aurions pu tuer le suspense en supériorité numérique, au lieu de ça on a perdu en prolongation… C’était clairement le tournant de la série.
Hockey: le joueur Félicien Du Bois s’est installé au Tessin / Sport dimanche / 3 min. / le 26 mars 2006
RTSsport.ch: En 2008, vous passez à Kloten. Avec les Flyers, vous perdez 3 finales…
FELICIEN DU BOIS: Je voulais franchir un palier et jouer le haut du classement. J’y suis parvenu dès ma 1re saison, où nous avons perdu la finale face à Davos en 7 matches. J’avais pas mal de responsabilités et j’ai apporté ma contribution en phase offensive (réd: 34 points). Rebelote en 2011 face, encore, à Davos. Cette équipe savait décidément comment gagner avec des routiniers comme Reto von Arx, Beat Forster et Cie… En 2014, je m’étais fait opérer des adducteurs en janvier, et j’étais donc hors combat pour la fin de la saison et la finale contre Zurich. Comme j’avais déjà un contrat en poche avec Davos, certains l’avaient mal pris dans l’entourage des Flyers. On pensait que mon but était de me ménager en vue de la suite de ma carrière dans les Grisons…
RTSsport.ch: Signer au HCD fut en tout cas un pari payant! Vous y avez glané le titre en 2015 (4-1 contre Zurich).
FELICIEN DU BOIS: En 6 ans, j’avais donc perdu 2 finales contre Davos, qui avait encore tous ses cadres. Le calcul était vite fait: en rejoignant leur vestiaire, je me donnais des chances de gagner. Et lors de ma 1re saison là-bas, en 2014/15, tout s’est déroulé comme dans un film, avec le titre au bout. Je me souviens notamment de mon penalty gagnant durant l’acte III de la finale à Zurich (cf. vidéo ci-dessous, dès 02’27). De manière surprenante, Arno Del Curto m’avait désigné parmi les tireurs. Sifflé par les 11’000 fans adverses, je suis parti tout droit, sans trop savoir quoi faire (rires). Et j’ai surpris Lukas Flüeler avec un tir rapide en lucarne. C’était un bon moment, assez inhabituel pour moi.
Finale, acte III, ZSC Lions – HC Davos (2-2/tb 0-2): Walser et Du Bois permettent à Davos de remporter ce 3e match après tirs au but / Hockey sur glace / 3 min. / le 6 avril 2015
RTSsport.ch: Del Curto, vous l’évoquiez à l’instant, est un personnage marquant dans votre parcours.
FELICIEN DU BOIS: J’avais entendu tellement de choses sur lui que je voulais en avoir le coeur net et évoluer sous ses ordres. Jusque-là, j’avais eu des entraîneurs « normaux ». Il m’a beaucoup appris, aussi humainement. Sa passion pour le hockey était vraiment atypique. Il nous gardait toujours sous tension: on ne savait jamais de quoi serait fait le lendemain. Ce qui n’était d’ailleurs pas toujours facile pour la vie de famille. Il est en bisbille avec le club depuis sa démission en 2018, et a quitté la région. Plus l’amour fut intense, plus la séparation est douloureuse…
J’avais donné mon feu vert, puis les Red Wings sont partis dans une autre direction. Donc, pas de regret
Félicien Du Bois
RTSsport.ch: Peu de gens le savent, mais la NHL a toqué un jour à votre porte…
FELICIEN DU BOIS: Durant le Mondial 2012, Mike Babcock, alors coach de Detroit, assistait à tous les entraînements de l’équipe de Suisse. Il venait surtout observer Damien Brunner, mais il faut croire que le défenseur droitier au no13 lui avait aussi tapé dans l’oeil (rires). Il est vrai que j’étais en forme: j’ai livré de bonnes prestations à Helsinki. Puis, durant l’été, alors que nous venions d’atterrir à Hong Kong pour notre voyage de noces, un numéro inconnu a tenté de me joindre. C’était Babcock.
RTSsport.ch: Dites-nous en plus!
FELICIEN DU BOIS: ll voulait savoir si j’étais prêt à traverser l’Atlantique. A l’époque, j’avais 29 ans et je pensais, avant ce téléphone, que la NHL était inatteignable pour moi. On allait fonder une famille -ma femme était enceinte- et je me disais que faire toute ma carrière en National League, c’était ok. Mais mon épouse et moi étions prêts à tenter l’aventure! Babcock, très intéressé par mon profil, m’avait prévenu qu’il n’était pas le seul décideur: le dernier mot revenait au directeur général des Red Wings, Ken Holland. Finalement, le choix de ce dernier s’est porté sur Carlo Colaiacovo, un arrière canadien.
RTSsport.ch: Vous n’aviez pas tout le pouvoir dans cette affaire…
FELICIEN DU BOIS: Exactement. Parfois, je me dis tout de même que c’est dommage que cela n’ait pas abouti. Que se serait-il passé si j’étais allé à Detroit? On n’en saura jamais rien… J’avais donné mon feu vert, puis le club est parti dans une autre direction. C’était hors de mon contrôle. Donc, pas de regret.
Cela m’avait fait mal au coeur de suivre le Mondial 2013. Car j’aurais dû y être
Félicien Du Bois
RTSsport.ch: Par contre, vous gardez une certaine amertume de ne pas avoir disputé le Championnat du monde 2013 à Stockholm. Et donc d’avoir raté cette médaille d’argent historique.
FELICIEN DU BOIS: Absolument, c’est l’un de mes seuls regrets. A ce moment-là, j’étais en délicatesse avec mes adducteurs. Sean Simpson, qui comptait alors beaucoup sur moi, m’avait quand même proposé de venir, au cas où je me rétablirais en cours de tournoi. Mais j’avais trop de douleurs. Cela n’avait aucun sens d’aller là-bas en étant à 80% de mes moyens. Honnêtement, cela m’avait fait mal au coeur de suivre ce Mondial, même si c’était une épopée incroyable. Car j’aurais dû y être. C’est dur à accepter, mais c’est la vie…
RTSsport.ch: Il est vrai que vous faisiez partie des piliers en défense, depuis le Mondial 2009 à Berne. Où la Nati avait fini 9e.
FELICIEN DU BOIS: Personnellement, c’était une consécration de prendre part à mon 1er Championnat du monde cette année-là, car j’avais été écarté du groupe par Ralph Krueger au dernier moment les saisons précédentes. Malgré la présence d’un Mark Streit ou d’un Goran Bezina, on n’avait cependant peut-être pas encore la maturité mentale nécessaire pour gérer les attentes du public helvétique. Aujourd’hui, les joueurs de l’équipe de Suisse ont davantage confiance en leurs moyens et négocient mieux les moments clés.
RTSsport.ch: Quels sont vos meilleurs souvenirs en Championnat du monde?
FELICIEN DU BOIS: Avec le recul, c’est en 2010 que mes chances de médaille ont été les plus grandes. Mais on avait été sorti en quarts de finale, 1-0 contre l’Allemagne. En 2011 en Slovaquie, j’ai marqué le 2-2 en 3e période face au Canada (cf. vidéo ci-dessous). J’ai trompé James Reimer -alors gardien de Toronto- d’un joli tir du poignet de la ligne bleue. On avait finalement perdu 4-3 en prolongation, mais ça me reste en mémoire. Même issue en 2016 contre la Norvège à Moscou, où j’avais égalisé à 3-3 à 10 secondes de la 3e sirène. Là aussi, ça faisait plaisir d’être le « héros » du moment.
Hockey / Mondial en Slovaquie: Suisse – Canada (2-2) Félicien Du Bois égalise / Hockey sur glace / 56 sec. / le 3 mai 2011
Propos recueillis par Michaël Taillard