Vingt jours après le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, l’Iran a perdu plusieurs de ses dirigeants, ainsi qu’une grande partie de ses infrastructures militaires. A ce rythme-là, combien de temps le pays peut-il encore tenir?

Le Guide suprême Ali Khamenei a été tué dans des frappes américano-israéliennes dès le début de la guerre. Cette semaine, Ali Larijani, l’homme fort du Conseil de sécurité nationale, et Gholamreza Soleimani, le patron de la milice Bassidj ont tous les deux péris également.

L’Iran est aussi affaibli sur le plan militaire: une grande partie de ses infrastructures, notamment ses lanceurs de missiles, a été détruite. Les frappes iraniennes ont d’ailleurs largement diminué. Malgré tout, il ne faut pas s’attendre à une défaite imminente, estime Jean-Marc Rickli, directeur des risques globaux au Centre de politique et de sécurité de Genève (GCSP).

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« Chaque jour, quand même, l’Iran est capable d’attaquer Israël, d’attaquer les monarchies du Golfe », souligne-t-il dans La Matinale de la RTS. « Et plus ces attaques vont durer, même si ce ne sont pas des attaques en masse, plus cela va créer de la pression sur les Etats-Unis et Israël ».

Guerre asymétrique

Le temps est donc devenu un allié de taille pour l’Iran. Et selon Jean-Marc Rickli, Téhéran possède également un autre atout: sa « capacité résiduelle de menacer le blocage du détroit d’Ormuz », qui lui assure « un impact stratégique ».

Des pétroliers et des cargos font la queue dans le détroit d'Ormuz, le mercredi 11 mars 2026. [KEYSTONE - ALTAF QADRI - AP PHOTO] Des pétroliers et des cargos font la queue dans le détroit d’Ormuz, le mercredi 11 mars 2026. [KEYSTONE – ALTAF QADRI – AP PHOTO]

« Cela implique que les Israéliens et les Américains doivent neutraliser complètement cette menace », poursuit-il. « Donc vous avez vraiment une asymétrie entre ce que doivent faire les Américains et les Israéliens et le pouvoir de nuisance des Iraniens ».

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Cette asymétrie s’observe également au niveau des coûts. L’Iran peut continuer à lancer des drones et des missiles à bas coût, tandis que les Etats‑Unis doivent répondre avec des systèmes de défense extrêmement chers.

Stocks bientôt épuisés?

Cette guerre asymétrique pourrait mener à l’épuisement des réserves militaires américaines et israéliennes. « On voit déjà que le nombre de missiles Patriot qui ont été tirés les deux premiers jours du conflit sont supérieurs quasiment à la production annuelle américaine », déclare Jean-Marc Rickli. « Et ça, sur le long terme, ce n’est pas tenable ».

S’il n’est pas possible d’avoir accès aux informations officielles concernant le niveau des stocks de munitions de l’armée américaine et israélienne, les chiffres communiqués par certains organismes, comme le Foreign Policy Research Institute (FPRI), laissent entendre que ceux-ci fondent. Ces informations seraient même corroborées par certains membres de la Maison Blanche.

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« On sait que les stocks israéliens étaient structurellement bas déjà à la suite de la guerre des douze jours l’année passée. Maintenant, des indiscrétions émanant d’officiels du gouvernement américain semblent indiquer qu’ils arrivent vraiment à la fin de leur stock », indique l’historien et spécialiste des conflits contemporains Adrien Fontanellaz. « Pour ce qui concerne les Américains, on sait qu’il y a aussi des inquiétudes à ce niveau-là puisqu’il s’agit d’un sujet important depuis l’éclatement de la guerre en Ukraine ».

L’Iran est donc certes affaibli, mais parvient encore à frapper. Le conflit pourrait ainsi encore durer un moment.

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Elio Sottas/edel