Genolier, Daillens, Delémont… Les attaques de bancomats à l’explosif s’enchaînent en Suisse romande. Zones frontalières, vide juridique ou absence d’antivols spécifiques, plusieurs facteurs expliquent l’attractivité du pays pour les réseaux criminels.
Les explosions de distributeurs automatiques s’enchaînent en Suisse romande. Au total, on en compte deux par mois dans tout le pays. Derniers épisodes en date: Breitenbach (SO) le 13 février, quelques jours seulement après une attaque à Genolier (VD). Le 5 février dernier, un distributeur situé au cœur du village vaudois est dynamité peu avant l’aube. La circulation, qui atteint plus de 10’000 véhicules par jour à cet endroit, est perturbée pendant toute la matinée.
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>> Lire : Un bancomat attaqué durant la nuit à Genolier, sur la Côte vaudoise
Des petites communes ciblées
Les petites communes sont les plus visées. Un choix qui n’est pas anodin: dans ces localités, la nuit transforme l’espace public en zone quasi vide. Peu de circulation, peu de témoins, peu d’imprévus. Moins surveillées que les centres urbains, souvent situées à des carrefours stratégiques, elles offrent un accès rapide et une fuite facilitée.
Le 12 octobre 2025 à Delémont (JU), un premier bancomat est dynamité durant la nuit. Trois mois plus tard, le 27 janvier 2026, un autre distributeur est visé. Le 30 décembre 2025, à Marin-Epagnier (NE), des individus pénètrent dans un centre commercial et font exploser deux distributeurs à l’intérieur du bâtiment, mobilisant policiers et démineurs.
>> Lire : Le centre commercial de Marin-Epagnier de nouveau ouvert, après l’attaque de deux bancomats
Le 22 janvier 2026 à Daillens (VD), une tentative échoue, mais entraîne l’évacuation d’habitants, la fermeture d’une école et l’intervention d’une équipe de déminage. Le village avait déjà connu une attaque similaire fin 2024. Un nouveau bancomat avait ensuite été réinstallé « sur une borne à l’extérieur pour que le bâtiment ne soit pas une cible » en cas d’attaque, expliquait Frédéric Burnand, syndic de Daillens, dans l’émission Forum de la RTS.
>> Lire : Le village de Daillens en partie évacué en raison d’une alerte à l’explosif dans un bancomat
Un regain d’attaques alors même que la tendance était à la baisse: selon les chiffres de l’Office fédéral de la police, 23 braquages de bancomats ont été recensés en 2025, contre 48 en 2024.
Les régions frontalières en première ligne
Autre point sensible: les frontières. Située au cœur de l’Europe, la Suisse est traversée par un maillage dense d’autoroutes et de routes nationales qui mènent vers la France, l’Italie, l’Allemagne ou l’Autriche. Après l’explosion, les auteurs disparaissent souvent avant même l’arrivée des premières patrouilles. En se fondant dans les quelque 2,2 millions de passages quotidiens aux frontières, ils peuvent rapidement quitter le territoire helvétique. Une fuite rapide qui complique le travail des enquêteurs et transforme une affaire locale en dossier international.
Mais cette dimension géographique et judiciaire ne suffit pas à expliquer pourquoi la Suisse est devenue une cible privilégiée. Le ciblage des petites communes et la facilité de la fuite ne sont qu’un maillon d’un phénomène plus vaste. Absence de certains dispositifs de neutralisation des billets ou vide juridique: d’autres paramètres structurels entrent en jeu.
Florise Vaubien