À 58 ans, Gaétan Estève voit sa vie basculer après une crise d’épilepsie. Une tumeur cérébrale est diagnostiquée. Pour l’opérer sans altérer le langage, les médecins optent pour une technique délicate: le réveiller en pleine intervention afin de tester ses capacités en direct.

Gaétan Estève, 58 ans, est un passionné de belles mécaniques. Il a donc naturellement embrassé le métier de carrossier. Il aime la vie, sa famille, ses amis. Mais à l’approche de Noël, tout bascule. Une crise d’épilepsie le surprend, et le diagnostic tombe: une tumeur de quatre centimètres logée à l’intérieur de la boîte crânienne.

Gaëtan Estève, 58 ans, peu avant la découverte de sa tumeur au cerveau. Gaétan Estève, 58 ans, peu avant la découverte de sa tumeur au cerveau. Réveiller le patient en pleine opération

Quelques semaines plus tard, Gaétan est au bloc opératoire de l’Hôpital du Valais, sous anesthésie générale. Le neurochirurgien est sur le point d’extraire la tumeur.

Mais sa localisation, à proximité de la zone du langage, impose une vigilance particulière: il faut s’assurer que cette fonction essentielle n’a pas été altérée. Pour cela, une technique spécifique est utilisée: une craniotomie éveillée, autrement dit réveiller le patient en pleine intervention afin de pouvoir échanger avec lui.

« Là, on commence à baisser à la fois les médicaments qui font dormir le patient et les médicaments contre la douleur. Cela demande plus de finesse qu’une anesthésie générale », explique le docteur Holger Böhle, anesthésiste.

Des images sur une tablette

Une logopédie et une neuropsychologue prennent alors le relais. Le docteur Jean-Yves Fournier, neurochirurgien, sait qu’il approche la zone du langage. Devant Gaétan, des images défilent sur une tablette. « Chaise », « fantôme », « chat »: il doit identifier ce qu’il voit à voix haute. Tant qu’il répond correctement, l’opération peut se poursuivre.

Là, ça va, je me sens bien, j’ai pu trouver les mots… Je sens que j’ai le cerveau ouvert

Gaétan Estève, patient

« Le neuropsychologue me disait chaque fois qu’il y avait une petite péjoration du langage: on s’arrêtait, on attendait qu’il récupère, puis on reprenait. Cela nous a permis d’aller au bout de ce qu’on pouvait faire, tout en sachant qu’on n’abîmait rien, parce qu’on a ce contrôle permanent. Ce qui n’est pas possible si le patient est en narcose complète, on risquerait d’abîmer le sens de la parole sans s’en rendre compte », détaille le docteur Fournier.

Sur la table d’opération, Gaétan reste conscient de la situation: « Là, ça va, je me sens bien, j’ai pu trouver les mots… Je sens que j’ai le cerveau ouvert », témoigne-t-il. Tant qu’il répond correctement aux questions, le chirurgien peut continuer à opérer.

« On peut aussi à tout moment revenir dans une anesthésie générale profonde. On est prêts à des complications telles que saignement ou crise d’épilepsie par exemple », souligne la docteure Sina Grape, spécialiste en anesthésiologie.

Une fois la partie la plus délicate terminée, les anesthésistes ont replongé Gaétan dans un sommeil profond afin de pouvoir refermer sa boîte crânienne et terminer l’intervention.

Le patient répond à des questions pendant l'intervention. Le patient répond à des questions pendant l’intervention. Opération de la dernière chance

Six jours plus tard, le patient est tiré d’affaire. Son neurochirurgien aussi est ravi. « On a atteint exactement ce qu’on voulait sans qu’il y ait de gros troubles de la parole », se réjouit-il. « Il y a encore quelques paraphasies. On voit qu’il y a les recherches du mot, mais c’est quelque chose qui va pouvoir être récupéré avec la réhabilitation. »

Si je n’étais pas passé par là je pense, je n’aurais pas fait long. Là, franchement, j’adore tout le monde, je ne vois que les bonnes choses. Je suis au top! 

Gaétan Estève, patient

De cette épreuve, Gaétan tire une nouvelle philosophie de vie. « Si je n’étais pas passé par là je pense, je n’aurais pas fait long. Là, franchement, j’adore tout le monde, je ne vois que les bonnes choses. Je suis au top! Je vais lever le pied. Je faisais beaucoup trop. »

>> Ecouter l’interview de la neurologue Oana Simionescu dans le 12h30 : L’invitée du 12h30 – La neurologue Oana Simionescu aborde les rôles mystérieux du cerveau dans notre système nerveux / Le 12h30 / 9 min. / aujourd’hui à 12:42

Sujet TV/radio: Flore Dussey

Texte web: Fabien Grenon