A voir au Théâtre du Reflet à Vevey jusqu’au 22 mars, puis en tournée, « La veuve » est le nouveau seul en scène loufoque de Laura Gambarini. Un spectacle qui raconte la vie de son défunt mari avec force chips, serviettes et verres de blanc.

Une mort aussi subite que… ridicule. Luca est décédé écrasé par une armoire alors qu’il tentait d’y planter un clou. Faut dire qu’il n’a jamais été très adroit côté bricolage, lui dont les deux passions auront été les tubes de Jean-Jacques Goldman et la musique concrète, soit l’enregistrement des sons du quotidien, du ressort qui grince à la tondeuse du voisin en passant par le grincement des gonds d’une porte.

Luca n’est plus et nous sommes invités par sa veuve, Hannah, à la cérémonie funéraire. Elle aussi, c’est un numéro. Emue et passablement pompette, elle a eu un pataquès avec la réservation des salles et l’officiante. Du coup, pour cet hommage, nous devons nous serrer dans le caveau prévu pour l’apéro suivant la cérémonie. On fera avec. Hannah nous retrace sa vie avec le défunt en se servant de tout ce qui lui tombe sous la main: paquet de chips, verre de vin blanc, pop-corn, jeu de clés, serviettes en papier, nappe ou ramassoire. Autant d’objets qui se transforment en Luca, beaux-parents, excursion à la montagne, Noël raté et bien sûr reconstitution de ses derniers instants.

Vous l’aurez compris, on pleure assez peu lors de cette cérémonie. Sauf peut-être lorsque la famille du défunt – c’est-à-dire vous et moi – entonnons d’une voix frisant la justesse: « Quand la musique est bonne… » Et puis, il y a cette histoire de princesse de Suède que n’a cessé de ramener la maman de Luca, laquelle rêvait de noces plus prestigieuses pour son fils chéri.

>> A écouter, la chronique « Le bruit qui court » de Vertigo du 16 mars : « La Veuve », joyeux seul en scène de Laura Gambarini : Le bruit qui court : « La Veuve », joyeux seul en scène de Laura Gambarini / Vertigo / 2 min. / lundi à 17:09 Un théâtre aux airs de joyeux bricolage

Hannah, alias Laura Gambarini, est maîtresse comédienne dans l’art de nous partager un récit avec force objets et onomatopées. On lui doit déjà un célèbre conte moyenâgeux en allemand gesticulé, de même que les voyages de Gulliver racontés avec des boîtes d’œufs frais. Titrées « The Game of Nibelungen » et « Le roi des petits boutistes », ces créations ont triomphé dans toute la francophonie et même au-delà. Mis en scène par Manu Moser, éminent batteur de pavé et programmateur du festival La Plage des six pompes, « La veuve » est le quatrième seul en scène de Laura Gambarini, apparue un beau jour sous un chapiteau parapluie nommé le Cirque du Botte-cul.

(En)jouée n’importe où (plein air, chapelle funéraire, bistro ou opéra), la forme théâtrale a des airs de joyeux bricolage carburant à l’inspiration du moment. Seule compte la mission de « La veuve »: rendre hommage à feu Luca, tendre et maladroit mari dont on trinquera à la mémoire.

Thierry Sartoretti/sf

Laura Gambarini, « La veuve ». En tournée: Le Reflet, Vevey, jusqu’au 22 mars; Le Spot, Sion, du 31 mars au 2 avril; Théâtre de Grand-Champs, Gland, du 30 avril au 2 mai; Casino-Théâtre, Rolle, 31 mai 2026.