Les Suisses et Suissesses ayant combattu dans la Résistance française ou italienne lors de la Seconde Guerre mondiale doivent être réhabilités. Mercredi dernier, le Conseil national a validé une initiative parlementaire voulant supprimer les sanctions prises à l’époque par la Confédération contre ces combattants.

Lors de la session de printemps, le Conseil national a accepté, par 129 voix contre 60, l’initiative parlementaire lancée par l’ancienne conseillère nationale d’Ensemble à Gauche Stéfanie Prezioso Batou.

Le texte vise à réhabiliter les Suisses qui avaient été condamnés à des peines de prison ou à des amendes pour leur soutien à la Résistance française ou italienne.

Le Conseil des États doit encore débattre de la question. L’initiative parlementaire a cependant déjà été largement soutenue au Conseil national. Seule l’UDC s’y est opposée. Elle estimait qu’il n’y avait pas lieu de changer la loi. Personne ne l’a suivie.

« Devoir de mémoire »

« Il s’agit d’un devoir de mémoire envers toutes les personnes ayant participé à la Résistance française et italienne lors de la Seconde Guerre mondiale », a déclaré Raphaël Mahaim (Vert-e-s/VD), en tant que vice-président de la Commission des affaires juridiques du Conseil national – commission qui a étudié l’initiative parlementaire.

« La décision de Berne est une prise de position en faveur des valeurs de la démocratie. C’est déjà ça », s’est réjoui l’historien Raphael Rues, coauteur de la récente publication Ossola in guerra, interrogé par SWI. La réhabilitation est symbolique, mais pas matérielle. Aucune indemnité financière n’est prévue.

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« La réhabilitation votée par le Parlement fédéral clôt formellement une affaire qui, sur le plan humain, n’a jamais cessé de peser. Pendant des décennies, ces condamnations sont restées dans les archives comme une note discordante: la Suisse a poursuivi ces mêmes hommes et femmes qui, à quelques kilomètres de la frontière, risquaient leur vie contre l’occupation nazie et fasciste » en France et en Italie, souligne-t-il.

Le travail de Raphael Rues retrace le parcours méconnu en Suisse romande des résistants italiens, mais aussi tessinois et valaisans, dans la région de l’Ossola, au nord de l’Italie, située entre le Tessin et le Valais.

L’histoire méconnue des partisans de l’Ossola

Après l’armistice du 8 septembre 1943 entre le gouvernement italien du maréchal Badoglio et les Alliés, le canton du Tessin devint un carrefour important de la Résistance italienne. Le canton offrit refuge à des civils et à des résistants, leur prodiguant également des soins médicaux, et servit de base opérationnelle à divers groupes de combattants.

Les partisans et les civils de l’Ossola qui ont trouvé refuge en Suisse doivent s’enregistrer et se soumettre à un contrôle sanitaire. La photo a été prise le 1er octobre 1944. [Photopress-Archiv - Walter Studer] Les partisans et les civils de l’Ossola qui ont trouvé refuge en Suisse doivent s’enregistrer et se soumettre à un contrôle sanitaire. La photo a été prise le 1er octobre 1944 à Berne. [Photopress-Archiv – Walter Studer]

Le territoire de l’Ossola, enclavé entre le Valais et le Tessin, offrait des conditions idéales pour la lutte armée à la Résistance italienne. « Les nombreuses vallées encaissées, les forêts denses, les chalets isolés étaient parfaits pour la guérilla. La proximité de la frontière garantissait en outre aux résistants une voie de fuite vers la Suisse après une attaque ou une opération ratée. De plus, la population de l’Ossola nourrissait une forte aversion envers le régime fasciste », explique Raphael Rues.

L’occupation allemande de l’Italie Reportage photographique sur la République de l’Ossola publié dans l’hebdomadaire "Illustrazione Ticinese" le 4 novembre 1944. [Archives des quotidiens du Canton du Tessin - "Illustrazione Ticinese",] Reportage photographique sur la République de l’Ossola publié dans l’hebdomadaire « Illustrazione Ticinese » le 4 novembre 1944. [Archives des quotidiens du Canton du Tessin – « Illustrazione Ticinese »,]

Après l’annonce de l’armistice, les Allemands occupèrent le nord et le centre de l’Italie. Au début, les groupes de la Résistance italienne dans l’Ossola se limitaient à de petits attentats ou à la capture de soldats fascistes et allemands, utilisés comme monnaie d’échange pour libérer leurs propres prisonniers.

Au fil des mois, les actions sont devenues plus audacieuses, notamment grâce à l’aide de la population tessinoise. « Sa contribution fut fondamentale », souligne Raphael Rues. « Seul un tiers environ des résistants possédaient des armes à feu et les munitions faisaient souvent défaut. Des fusils et des pistolets, mais aussi de la nourriture et des vêtements provenant du Tessin étaient acheminés par les sentiers de contrebande ».

La Résistance remporta son plus grand succès au début du mois de septembre 1944. Après avoir libéré les vallées autour de Domodossola, elle réussit, le 10 septembre, à chasser les troupes d’occupation.

Une brève expérience d’État démocratique

C’est ainsi qu’est née la République partisane de l’Ossola, une brève expérience d’État démocratique qui, après la guerre, a servi d’exemple. « Ce fut une tentative importante de créer une entité démocratique viable, qui n’a malheureusement duré qu’une quarantaine de jours », relate Raphael Rues.

Les derniers jours de la République de l’Ossola: les résistants sont contraints d’évacuer Domodossola et de se réfugier dans les montagnes et en Suisse voisine. Et les photographes ne sont pas toujours les bienvenus. [Keystone] Les derniers jours de la République de l’Ossola: les résistants sont contraints d’évacuer Domodossola et de se réfugier dans les montagnes et en Suisse voisine. Et les photographes ne sont pas toujours les bienvenus. [Keystone]

Un peu plus d’un mois après avoir été chassées, les troupes allemandes et les unités encore en exercice de Benito Mussolini entamèrent la reconquête de la région. En l’espace de deux semaines, la défaite survint. Plus de 500 résistants perdirent la vie et autant furent déportés vers les camps de travail allemands.

Une autre photo des civils et des partisans de l’Ossola arrivés à Berne pour être enregistrés. [Photopress-Archiv - Walter Studer] Une autre photo des civils et des partisans de l’Ossola arrivés à Berne pour être enregistrés. [Photopress-Archiv – Walter Studer]

Le 23 octobre, la République partisane de l’Ossola s’effondra et plus de 10’000 personnes s’enfuirent en Suisse, dont 3500 résistants. D’après des documents des Archives fédérales, au moins 1500 enfants furent accueillis par des familles dans tout le pays, tandis que les adultes furent placés dans des camps de réfugiés ou d’internement, principalement en Suisse alémanique.

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Julien Furrer (RTS) avec ats et Luca Beti (SWI)