Dans un monde « de bruit et de fureur », les marchés financiers se portent bien, même si l’intense spéculation sur les métaux précieux de ces derniers mois provoque beaucoup de nervosité en ce début de février, par effet de contagion. Il n’en reste pas moins que les principaux indices boursiers ont terminé 2025 sur des niveaux records, ou proches, et l’année 2026 se présente sous les meilleurs auspices, du moins pour les actions.

« Nous baignons dans un optimisme général mais c’est un optimisme dans un monde qui est beaucoup, beaucoup plus incertain », résume Bruno Cavalier, chef économiste chez Oddo BHF. Pourtant, Guillaume Lasserre, directeur des gestions chez La Banque Postale Asset Management (LBP AM), le reconnaît bien volontiers, « nous faisons prendre du risque à nos clients ». En clair, les portefeuilles modèles sont à surpondérer sur les actions, y compris sur les actions américaines.

Loin du « Sell America ! » proclamé en Europe ou ailleurs, en réponse à une agressivité américaine inédite depuis la seconde guerre mondiale, les États-Unis continuent d’attirer des capitaux du monde entier, à la fois sur les actions et les obligations. Et cela devrait se poursuivre en 2026.

« Il va y avoir des gagnants et des perdants »

Les raisons en sont nombreuses. La croissance américaine est globalement bonne mais, surtout, la croissance bénéficiaire des entreprises reste soutenue, de l’ordre de 12 % en 2026, selon le consensus Factset. À cela s’ajoutent la relance fiscale du One Big Beautiful Bill, les deux ou trois baisses des taux directeurs de la Fed attendues cette année et, finalement, des valorisations qui ne sont pas si excessives, autour de 22 fois les résultats estimés dans l’année sur l’indice S&P 500.

Même le secteur de la tech américaine, à l’épreuve depuis la fin janvier lors de la publication des résultats, devrait continuer à jouer un rôle moteur. « Il va y avoir des gagnants et des perdants, mais si vous sortez du train de la tech aujourd’hui, vous avez une forte probabilité de rater la performance cette année », prévient Laurent Denize, co-directeur des investissements chez Oddo BHF.

D’autant que, désormais, il sera possible de jouer l’IA et la tech via d’autres leviers que les actions, comme la dette obligataire, y compris sur un compartiment qui retrouve des couleurs, celui des obligations convertibles, dont l’essentiel des émissions aux États-Unis concerne le secteur de la tech.

L’Asie ? C’est compliqué, avec des plus et des moins, mais la Chine peine toujours à sortir de son modèle de croissance fondé sur les exportations. En Europe, le tableau est moins séduisant qu’aux États-Unis, avec une croissance toujours aussi médiocre, et une Banque centrale européenne (BCE) qui ne semble pas prête à donner un coup de pouce en 2026 sur les taux. Mais, surtout, l’Europe reste exposée à la fois aux États-Unis et à la Chine, et donc vulnérable sur des problématiques liées aux droits de douane et aux taux de change, avec un euro qui est au plus haut historique face à un panier de devises, selon la BCE.

Priorité sur l’Allemagne

Malgré tout, l’Europe résiste. Les anticipations de croissance des bénéfices demeurent élevées, autour de 12 % sur l’indice EuroStoxx 600. Généralement, les prévisions de croissance de bénéfices en Europe tombent à zéro, ou presque, en fin d’année. L’impact des tarifs douaniers est, pour l’instant, faible, mais il ne faut pas oublier que les nouveaux tarifs n’ont été mis en place qu’à partir du 1er août 2025 et que les entreprises ont constitué des stocks pour amortir le choc. Mais comme un poison lent, l’impact devrait diffuser sur les marges au cours de l’année 2026.

Côté relance budgétaire, l’Italie et l’Espagne continuent de jouer les bons élèves budgétaires, et la France n’a guère de marge de manœuvre pour relancer la machine. En bref, jouer l’Europe, c’est surtout jouer l’Allemagne. « L’Allemagne, mais aussi la souveraineté au sens large – qui touche des secteurs comme l’énergie, le numérique ou la santé – seront deux thématiques d’investissement fortes cette année », avance Roland Kaloyan, stratégiste sur les actions européennes chez Société Générale CIB.

Dans une approche plus sectorielle, les valeurs cycliques devraient aussi tirer leur épingle du jeu. « Le marché préfère acheter une croissance forte même si elle n’est pas certaine à une croissance moins forte mais avec une bonne visibilité, constate Roland Kaloyan. Pour ma part, je préfère des profils défensifs, avec une bonne visibilité et des valorisations qui restent attractives, comme le secteur de la pharmacie et, surtout, les services collectifs. Je reste, en revanche, plus réservé sur le secteur des télécoms, qui affiche des multiples de valorisation et des attentes plutôt élevés. »

Le secteur bancaire sous-valorisé

Le secteur bancaire, qui représente près de 25 % de la cote européenne, devrait également continuer à performer, malgré la forte hausse des cours en 2025. Le secteur est parti, en effet, d’un niveau de valorisation extrêmement bas et il reste faiblement valorisé, malgré tout, face à une rentabilité qui se redresse et à une courbe des taux beaucoup plus favorable pour la transformation bancaire.

Le secteur est également très capitalisé, ce qui devrait donner plus de place aux rachats d’actions. Enfin, le secteur financier est sans doute celui qui a le plus à gagner, en productivité, de la montée en puissance de l’IA dans les organisations.

Quant au CAC 40, il a finalement peu pâti des tensions politiques franco-françaises, et il est valorisé sur les mêmes multiples que l’indice allemand DAX. Autrement dit, il n’y a pas de prime de risque sur la France, ce qui rend les entreprises de la cote parisienne peu attractives. D’autant que le secteur du luxe, poids lourd de l’indice, semble embourbé depuis trois ans dans des problèmes structurels, comme l’appétit déclinant de la Chine pour le luxe européen, ou l’euro fort qui plombe les ventes aux États-Unis.

Si, globalement, les stratégistes de marché font feu de tout bois en faveur des actions en ce début d’année, ils reconnaissent, cependant, la nécessité de protéger les portefeuilles en cas de pépin (grave). Les possibilités ne sont pourtant pas nombreuses, en dehors du sacro-saint principe de diversification (que l’on peut construire à l’intérieur même d’un secteur ou d’une thématique d’investissement).

Cherche protections…

Mais la manière la plus pratique de diversifier son portefeuille reste les obligations. C’est d’autant plus vrai depuis trois ans, avec la remontée des taux : les obligations constituent désormais une assurance rémunérée entre 3 % et 4 %. En cas de récession, les taux longs baissent et les gains sur le portefeuille obligataire comblent, en principe, les pertes sur les actions.

Mais ce n’est pas aussi simple. Des stress de marché, comme fin janvier, peuvent faire baisser actions et obligations. Ce qui change, c’est l’ancrage des taux longs selon les zones géographiques, le risque de change, mais aussi des primes de risque sur le crédit qui sont extrêmement serrées. Enfin, dans un monde fragmenté, il apparaît dangereux de tout miser sur la capacité des obligations souveraines à protéger les portefeuilles. « Sur le crédit, nous sommes à “neutre” et nous préférons, à court terme, prendre du risque sur les actions », résume Guillaume Lasserre.

Les autres actifs défensifs traditionnels ne sont également plus sûrs à 100 %. C’est le cas du dollar, qui continue de dévisser face aux autres devises tout en restant surévalué. L’or, qui attire les particuliers, en physique ou au travers d’ETF, connaît de sérieuses secousses après une hausse ininterrompue depuis trois ans.

Pour d’autres investisseurs, le bitcoin et assimilés partent à la cave, et les moins convaincus vendent. Restent les options, un marché qui présente, pour les gérants un double avantage : sa liquidité et sa faible utilisation par les particuliers. Et, aujourd’hui, comme l’appétit au risque est grand, le coût de cette protection est faible. Tout le monde y réfléchit mais, une fois de plus, tout est une question de timing.