On a coutume de parler des bienfaits du bord de mer. Peut-on parler des mêmes effets en forêt ?
Probablement mais, habitant en Lorraine, je suis plus à l’aise pour vous parler des bienfaits à passer du temps en forêt ou dans son jardin. Des bienfaits qui sont scientifiquement prouvés.
Comment explique-t-on scientifiquement ce qu’il se passe en forêt ?
Plusieurs études ont été menées, très sérieusement, autour des marches en forêt, celles qui se pratiquent en groupe et en parlant, dans une démarche thérapeutique. Des chercheurs canadiens, américains ou écossais ont beaucoup écrit sur le « walking talk », aux effets scientifiquement prouvés. Les forêts dégagent des substances bénéfiques sur les organismes et la santé mentale, sans parler de la valeur esthétique et de l’apport de la faune et de la flore à notre contact.
La psychologue Martine Batt, de l’université de Lorraine, résume les bienfaits de la forêt et des jardins sur l’organisme et le psychisme. (Photo Collection personnelle Martine Batt)Quelles améliorations observe-t-on ?
Selon la théorie de la Savane, de Gordon Orians, dans les années 1980, on observe une réponse positive de l’organisme dans des paysages apaisants et synonymes de vie. Si on passe du temps dans un espace naturel, le niveau de stress diminue. On bénéficiera aussi d’un meilleur endormissement et d’une qualité de sommeil améliorée. D’autres scientifiques ont montré qu’une marche en forêt améliorait la capacité créatrice.
À qui ces marches thérapeutiques s’adressent-elles ?
À toutes les personnes qui souffrent de troubles du comportement, d’un manque de confiance et de faculté de faire face. Ces séances diminuent le stress et l’anxiété, notamment chez les personnes qui souffrent d’état de stress post-traumatique complexe, après des violences sexuelles ou des situations de négligence parentale ou d’abandon familial. La forêt permet d’entamer un chemin vers la reconstruction.
Dès la première marche en forêt, on peut observer des améliorations dans la concentration et l’attentionQuels sont les points d’améliorations visés ?
De plus en plus de psychothérapies sont organisées en forêt, pour des personnes qui présentent des problèmes de santé mentale. Elles améliorent leur estime d’elles-mêmes, leur confiance, leur sentiment d’auto-efficacité et leur capacité à prendre des décisions. Une amélioration des scores d’attention et de concentration a également été relevée.
Les études ont montré qu’une marche en forêt apportait davantage de bénéfices qu’une marche en milieu urbain.
Faut-il plusieurs séances pour ressentir les avantages ?
Dès la première marche en forêt, on peut observer des améliorations dans la concentration et l’attention. Il ne s’agit pas, non plus, de faire n’importe quoi et de ne pas s’aventurer en zone difficile ou accidentée. La forêt peut aussi être dangereuse.
Rien que le cadre et l’aspect visuel permettent-ils de recueillir les premiers bienfaits ?
En effet, plus le cadre est sauvage et moins aménagé, plus les bienfaits apparaissent. Des études ont montré que les jardins et les parcs renforçaient aussi le bien-être, comme les forêts et a fortiori dans les espaces les moins aménagés. J’ai travaillé sur la problématique des aménagements urbains. Rien que la vue d’un arbre fait baisser le stress et le niveau de sollicitation mentale.
Mais on n’a pas toujours une forêt près de chez soi…
L’implantation d’espaces verts dans les milieux urbains apporte des bénéfices psychosociaux prouvés. Ne serait-ce qu’un arbre sous ses fenêtres ou visible de son bureau… Rien qu’un parc, le moins aménagé possible, peut s’approcher des bienfaits de la forêt.