Précision, multilinguisme, neutralité, or, fromage, yodel et, bien sûr, l’accent suédois. Swissinfo a demandé à ses lectrices et lecteurs établis à l’étranger quels clichés sur la Suisse – fondés ou non – reviennent le plus souvent dans leur pays de résidence.

Chaque pays traîne avec lui une série de clichés pour lesquels il est connu ailleurs dans le monde. Parfois, ils reflètent une part de réalité; d’autres fois, ils sont le produit de malentendus ou d’un bon degré de confusion. Et ce sont précisément ces derniers qui semblent agacer le plus les Suissesses et les Suisses de l’étranger.

La plupart des faux clichés que la diaspora helvétique se retrouve à devoir démentir sont en réalité… des stéréotypes portant sur la Suède. « Tu es Suisse? Pourquoi n’es-tu pas grande et blonde? », s’est ainsi entendu demander Angela. « Vous fabriquez cette belle voiture, la Volvo, n’est‑ce pas? », a-t-on demandé à Petra. Et à Ruth, on a lancé: « Ah, tu es suisse! On reconnaît bien ton accent suédois! »

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« Personne ne s’y retrouve jamais », témoigne Mark.  »On nous pose des questions sur la Scandinavie ou alors les gens sont déçus lorsqu’ils veulent nous entendre parler notre langue maternelle et que nous répondons en allemand, en français ou en italien. ‘Non, non, non, je veux dire le suédois!’, insistent-ils. »

Et il faut bien s’habituer à cette situation, même si, lorsqu’un peu de fierté nationale s’en mêle, elle peut devenir plus difficile à avaler. C’est ce qui s’est produit le mois dernier avec cette bourde de la réalisation internationale des Jeux olympiques de Milan-Cortina quand les héros helvétiques Franjo von Allmen et Marco Odermatt sont devenus suédois.

>> Quand Franjo von Allmen et Marco Odermatt deviennent… suédois ! : Quand Franjo et Marco deviennent …Suédois ! Quand Franjo et Marco deviennent… suédois ! / Verticale RTSsport / 15 sec. / le 13 février 2026

Pour chaque personne suisse à qui l’on raconte, avec une complicité mal placée, une blague sur Ikea, il y a certainement un Suédois ou une Suédoise qui doit supporter une remarque sur le fromage à trous. C’est d’ailleurs de cette confusion persistante entre les deux pays que l’Office du tourisme suédois a tiré, en 2023, l’idée d’une vidéo promotionnelle pleine d’humour.

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Les malentendus concernent aussi d’autres pays, mais cette fois, la confusion ne vient pas d’une ressemblance linguistique, mais du cinéma. On peut notamment citer la prétendue origine helvétique de l’horloge à coucou. Cette invention, née en Forêt-Noire, constitue l’exemple parfait de ce que l’on pourrait qualifier « d’appropriation culturelle involontaire ».

L’erreur provient sans doute du fameux « Cuckoo clock speech » délivré par Orson Welles il y a près de 80 ans dans « Le troisième homme », le chef-d’œuvre de Carol Reed. Ces vingt secondes de grand cinéma sont la raison pour laquelle l’horloge à coucou en bois continuera, jusqu’à la fin des temps, d’être attribuée à la Suisse plutôt qu’à l’Allemagne.

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Argent, argent, argent

La grande majorité des commentaires portent sur la supposée richesse des Suisses. Il est vrai qu’en termes de PIB par habitant, la Suisse figure régulièrement parmi les dix premiers au monde. A cela s’ajoute la réputation des banques suisses et des montres de luxe. « La Suisse est riche, on y gagne 7000 francs par mois et on y trouve même des lingots par terre », a ainsi entendu Denise, une lectrice de Swissinfo.

Autre facette de la même pièce: le coût de la vie ressort aussi régulièrement dans les commentaires sur les stéréotypes helvétiques. Avec ce combo, raconté par Philippa à qui l’on a demandé: « La Suède est vraiment si chère que ça? » Béa, de son côté, rappelle souvent à ses interlocutrices et interlocuteurs que de nombreux seniors helvétiques « s’installent à l’étranger parce qu’il est tout simplement impossible de survivre en Suisse avec la seule retraite ».

Propreté et précision

Un autre poncif indémodable, que l’on retrouve sous différentes formes, est celui d’une Suisse impeccable. La ponctualité, l’ordre, le travail bien fait: ces qualités constituent des clichés positifs très répandus, mais elles s’accompagnent souvent de leur revers, celui d’une image de faible flexibilité et d’une tendance à la sur‑réglementation.

La Suisse est « riche, sûre, propre, belle, froide, précise… et donc rigide », résume Jean-Louis. « J’entends toujours deux versions opposées: d’un côté la précision, l’ordre et la ponctualité; de l’autre, une culture ennuyeuse, des gens rustiques et avares », renchérit Ramiro. En Suisse, on pense « en termes de limites et d’interdictions, pas en termes de croissance et d’opportunités », ajoute Jorg.

Une vache pour Roger Federer

Les stéréotypes alpins, eux aussi, ne manquent pas. « Je n’ai pas grandi dans un chalet en bois et je ne sais pas yodler », a dû préciser Alicia à plusieurs reprises. « Vous dormez sur des lits de paille comme Heidi? », a‑t‑on demandé à Tony. « La neige et le ski ne te manquent pas? », se sont étonnés certains auprès de Ruth, qui, pourtant, se sent parfaitement bien en Floride et ne sait absolument pas skier.

« Les gens partent du principe que j’aime le chocolat, le fromage et que je suis un bon skieur. Eh bien, tout est vrai », écrit en revanche Stephan. La Suisse, il faut le dire, contribue elle-même à entretenir à l’étranger l’image d’un pays bucolique et voué à l’élevage. « Pourquoi Roger Federer reçoit‑il une vache quand il gagne et où la garde‑t‑il? « , a demandé quelqu’un à Nick.

Pour qui l’ignore, cela s’est bel et bien produit. Après son triomphe à Wimbledon en 2003, les organisateurs du tournoi de Gstaad (BE) avaient offert au champion une vache nommée Juliette. En 2013, malgré sa défaite en Angleterre, le champion en avait reçu une seconde, Désirée. Les deux bovins sont cependant restés dans les pâturages et n’ont jamais brouté dans le jardin de la villa de Roger Federer.

Roger Federer avec sa vache Désirée sur la terre battue de Gstaad, en juillet 2013. [KEYSTONE - PETER SCHNEIDER] Roger Federer avec sa vache Désirée sur la terre battue de Gstaad, en juillet 2013. [KEYSTONE – PETER SCHNEIDER] Un pays neutre, mais armé

La neutralité apparaît moins souvent qu’on pourrait l’imaginer et renvoie, en général, à une conception approximative de la Confédération. « La neutralité veut dire aucune armée », écrit Jaime, résumant une idée largement répandue: un pays neutre serait, par définition, dépourvu de forces armées. « La Suisse a une armée? Le couteau suisse est leur meilleure arme? », a-t‑on demandé à Victor, non sans ironie.

La confusion entre le drapeau helvétique et l’emblème de la Croix‑Rouge, évoquée par Christian, n’arrange rien. Un malentendu qui, involontairement, renforce l’image d’un pays davantage porté sur la médiation que sur le conflit. Cependant, la neutralité est parfois aussi interprétée comme une forme d’opportunisme. Une excuse dont la Suisse userait pour « manger à tous les râteliers », selon une critique rapportée par un lecteur de Swissinfo.

La plupart des Suissesses et des Suisses ne gardent pas secrètement une pile de lingots d’or dans le coffre d’une banque, ne sauraient pas tirer le moindre si bémol d’un cor des Alpes et ne réussiraient probablement pas à traire une vache. En revanche, la diaspora helvétique a su développer de solides compétences pédagogiques pour expliquer son pays d’origine, montrant souvent, au passage, une capacité d’auto-dérision aussi surprenante que typiquement suisse.

>> Ecouter aussi l’archive du jour sur la perception des Suisses à l’étranger en 1974 : L’archive du jour – La perception de la Suisse par les étrangers en 1974 / L’archive du jour / 3 min. / le 28 août 2025

Zeno Zoccatelli, SWI swissinfo.ch

Adaptation pour RTSinfo: Didier Kottelat