Chronique blockchain. Avec un volume de transactions de 44 milliards en 2025, ces plateformes ont connu une ascension fulgurante – mais les dessous restent controversés.

©Keystone
Les Prediction Markets sont des plateformes de négociation sur lesquelles les participants échangent des contrats portant sur l’issue d’événements futurs. Un contrat verse un dollar si l’événement se produit, et rien dans le cas contraire. Le prix de marché correspond ainsi à la probabilité agrégée de réalisation. L’idée fondamentale selon laquelle les marchés agrègent le savoir distribué de manière plus efficace que des prévisions individuelles est testée depuis la fin des années 1980. Des projets pionniers comme l’Iowa Electronic Market ont fourni des résultats parfois très précis lors d’élections américaines, mais ce n’est qu’avec des plateformes comme Polymarket et la bourse Kalshi, régulée par la CFTC, que le concept a acquis une véritable pertinence de marché au cours des dernières années.
Des applications innovantes du concept
L’utilité des Prediction Markets va bien au-delà du divertissement. Les entreprises les utilisent de plus en plus pour leurs prévisions internes. Le système «Prophit» de Google, par exemple, a fourni sur plusieurs trimestres des prévisions plus précises que les estimations classiques d’experts, et une étude de Cowgill et Zitzewitz (2015) a démontré que les Prediction Markets internes chez des entreprises comme Google et Ford ont pu améliorer la qualité des prévisions jusqu’à 25%.
Bloomberg a intégré en 2024 les données de Polymarket dans son terminal, et Kalshi a noué des partenariats avec CNN, CNBC et Google Finance.
Les médias et les fournisseurs de données recourent eux aussi de plus en plus à ces marchés. Bloomberg a intégré en 2024 les données de Polymarket dans son terminal, et Kalshi a noué des partenariats avec CNN, CNBC et Google Finance. Le potentiel est devenu particulièrement visible lors de l’élection américaine de 2024: alors que les modèles de sondages donnaient temporairement Harris en tête, les marchés indiquaient sur une période prolongée une avance de Trump.
Un volume dans les dizaines de milliards
Le volume mensuel de transactions est passé de moins de 100 millions de dollars début 2024 à plus de 13 milliards de dollars en novembre 2025. La première grande impulsion est venue de l’élection américaine de 2024, avec près de 5 milliards de dollars en un seul mois. L’activité a ensuite temporairement reculé à environ 2 milliards de dollars, avant de repartir fortement à la hausse à partir de mi-2025, principalement portée par le segment croissant des paris sportifs.
Volume mensuel cumulé des transactions sur Prediction Markets

Source: Digital Asset Solutions AG, Dune, Sacra
Selon une estimation d’Eilers & Krejcik, les Prediction Markets pourraient atteindre d’ici la fin de la décennie un volume annuel de transactions d’environ mille milliards de dollars. La prudence reste toutefois de mise: une part significative de la croissance observée jusqu’ici est attribuable à des programmes d’incitation et à des pics liés à des événements, tels que l’élection américaine de 2024.
Les zones d’ombre: délit d’initié et jeu illégal
Outre les risques structurels tels que le délit d’initié, la manipulation de marché et la qualité douteuse des données, le secteur fait face à une question fondamentale de classification. Si les Prediction Markets agrègent effectivement le savoir distribué dans le cas d’événements politiques ou économiques, un contrat binaire sur un match de NFL est fonctionnellement à peine distinguable d’un pari sportif. Le fait qu’un même produit soit classé, selon la plateforme, comme dérivé financier régulé, marché prédictif décentralisé ou jeu de hasard illégal illustre clairement la contradiction réglementaire. Une étude de la Columbia University estime en outre qu’environ un quart du volume de Polymarket pourrait être attribuable au wash trading.
Les conséquences pratiques se font déjà sentir. Aux Etats-Unis, une vingtaine d’Etats fédérés ont déposé des plaintes ou des injonctions contre les Prediction Markets, tandis que la délimitation par rapport aux opérateurs de paris sportifs agréés comme DraftKings reste floue. Parallèlement, des acteurs établis investissent le marché: le Nasdaq a déposé en mars 2026 auprès de la SEC une demande d’autorisation pour des «Outcome-Related Options» binaires, et un projet de loi visant à classifier les marchés prédictifs a été introduit au Congrès début 2026. La clarification définitive devrait toutefois intervenir devant les tribunaux.