Les lignes de premier secours émotionnel, comme La Main Tendue (143) ou le 147 pour les jeunes jusqu’à 25 ans, ont fait leurs preuves. Ces services reposent sur un principe simple: une écoute anonyme, sans suivi, assurée par des bénévoles formés ou des professionnels. Mais comment un simple appel peut-il aider en pleine crise?

Les études scientifiques confirment l’efficacité de ces lignes d’écoute, même si les résultats restent difficiles à homogénéiser en raison de la diversité des dispositifs.

Dans le podcast Dingue de la RTS, Axel, 19 ans, raconte ce jour de juin 2024 où tout bascule. « Je suis à la veille d’un de mes examens importants pour l’uni. Il est 16h, je n’ai pas réussi à me lever de la journée de mon lit », confie-t-il. Ce jour-là, Axel est submergé. « Je ressens une douleur, pas physique, mais mental, et je ne sais pas quoi faire. »

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La veille, sa psychologue lui a proposé une hospitalisation face à ses idées suicidaires et ses scarifications. Personne dans son entourage ne mesure la gravité de son état. Axel appelle alors la Psy Line de l’Université de Genève, une ligne d’écoute destinée à la communauté universitaire genevoise.

« On a passé une heure avec une personne qui m’a écouté et ça a tout changé », raconte-t-il. « Quand j’ai raccroché, je sentais que j’avais des options, que je pouvais faire différentes choses dans les prochains jours. »

L’écoute active: une posture qui engage

Yaël Liebkind, directrice de La Main Tendue à Genève et répondante depuis plus de douze ans, explique ce qui se joue lors de ces appels. « La posture d’écoute, c’est l’écoute active. On ne se centre pas sur le problème, mais sur la personne », précise-t-elle.

Cette technique, développée par le psychologue humaniste Carl Rogers, repose sur trois principes: l’empathie, la congruence et l’acceptation inconditionnelle. « On a quitté la position de l’expert pour se mettre au niveau de l’expertise de la personne qui se confie », ajoute Yaël Liebkind.

>> Ecouter le podcast Dingue : Ligne dʹécoute dʹurgence : quand lʹécoute sauve des vies / Dingue / 40 min. / lundi à 16:00 Ecouter sans proposer de solution

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’aide ne passe pas par des conseils. Axel raconte un matin difficile avec son père: « Il me dit: ‘Mais regarde tout ce qui est bien dans la vie!’. Et moi je me sentais nul de pas en être capable. »

Yaël Liebkind confirme: « Ça passe aussi par oser aller au plus près de la douleur et oser entendre tout ce qu’il y a derrière. » Pendant que la personne décrit sa souffrance, elle commence à la regarder vraiment.

Remettre en mouvement un monde figé

L’objectif de ces lignes n’est pas de résoudre les problèmes, mais de relancer un mouvement. « Il y a quelque chose qui se délie. Quelque chose qui a été figé, qui se remet à circuler », explique Yaël Liebkind. « Simplement parce qu’il y a quelqu’un qui entend la souffrance. »

Axel confirme: « Quand les gens me disent qu’il faut vivre, ils n’arrivent pas à rentrer en contact avec ce que je ressens. Quand j’ai appelé la ligne d’écoute, elle ne m’a pas dit de voir tout le positif. Elle savait que c’était impossible. » Aujourd’hui, il sait qu’en cas de crise, cette option peut l’aider à traverser la tempête.

Yaël Liebkind conclut: « On rencontre même la joie dans les moments les plus douloureux. Parce que c’est ça la magie d’être un humain face à un autre dans le même bain. »

Adrien Zerbini/asch