L’habillement en politique a son importance, même si l’on a tendance à considérer ce thème comme futile, voire déplacé, particulièrement lorsqu’il concerne une femme. Pourtant, l’exemple récent de Guy Parmelin et de sa cravate sombre lors de la signature des accords avec l’Europe illustre combien les vêtements peuvent véhiculer des messages politiques subtils.

Le conseiller fédéral UDC Guy Parmelin a été félicité pour le choix de sa cravate lors de la réunion du groupe parlementaire de son parti. Cette cravate sombre, presque funèbre, il l’avait portée il y a tout juste une semaine lors de la conférence de presse du Conseil fédéral sur les nouveaux accords avec l’Union européenne.

Elle s’accordait parfaitement avec sa mine grave lorsqu’il a exprimé, au nom de la collégialité, le soutien du gouvernement à un rapprochement avec Bruxelles. Tout semblait calculé pour signaler discrètement à son parti qu’il ne pensait probablement pas un mot de ce qu’il disait.

Une cravate pour calmer l’UDC

L’importance de ce détail vestimentaire s’explique par l’irritation des instances supérieures de l’UDC face à cette signature. Le parti avait même envisagé que Guy Parmelin refuse d’aller signer à Bruxelles les nouveaux accords en sa qualité de président de la Confédération.

Le président de la Confédération Guy Parmelin, portant une cravate sombre, discute avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen avant la signature d'un ensemble d'accords entre l'Union européenne et la Suisse, à Bruxelles, le lundi 2 mars 2026. [KEYSTONE - PETER KLAUNZER] Le président de la Confédération Guy Parmelin, portant une cravate sombre, discute avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen avant la signature d’un ensemble d’accords entre l’Union européenne et la Suisse, le 2 mars 2026 à Bruxelles. [KEYSTONE – PETER KLAUNZER]

L’affaire est remontée jusqu’à Christoph Blocher. Dans la NZZ, la figure tutélaire de l’UDC a reconnu être intervenu pour qu’il s’y rende malgré tout, au nom de la collégialité. Finalement, la mine d’enterrement et les habits sombres de Guy Parmelin aux côtés d’Ursula von der Leyen ont permis de donner le change face à son parti.

Des messages vestimentaires qui font l’histoire

Les clins d’œil et messages politiques véhiculés par les vêtements constituent une pratique courante en politique. On se souvient des baskets rouges à croix suisse de Micheline Calmy-Rey, 100% cuir, lorsqu’elle a traversé en 2003 la ligne de démarcation entre les deux Corées en tant que ministre des Affaires étrangères. Un message diplomatique assumé.

La ministre suisse des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey (au centre), est accueillie par un soldat sud-coréen sur la ligne de démarcation entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, en portant des baskets rouges à croix suisse, le 20 mai 2023. [KEYSTONE - VINCENT THIAN] La ministre suisse des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey est accueillie par un soldat sud-coréen sur la ligne de démarcation entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, en portant des baskets rouges à croix suisse, le 20 mai 2023. [KEYSTONE – VINCENT THIAN]

Citons également l’ensemble blanc façon emmental, orné de trous, porté par Doris Leuthard lors de l’inauguration du tunnel de base du Gothard. Ou le t-shirt des Freiheitstrychler anti-mesures Covid arboré par Ueli Maurer en pleine crise sanitaire.

La présidente de la Confédération Doris Leuthard prononce un discours à l'occasion de l'inauguration du tunnel ferroviaire du Saint-Gothard, dans un ensemble blanc orné de trous, le mercredi 1er juin 2016. [KEYSTONE - ALEXANDRA WEY] La présidente de la Confédération Doris Leuthard prononce un discours à l’occasion de l’inauguration du tunnel ferroviaire du Gothard, dans un ensemble blanc orné de trous, le 1er juin 2016. [KEYSTONE – ALEXANDRA WEY] Le conseiller fédéral Ueli Maurer, ministre des Finances, portant un t-shirt blanc avec le logo des "Freiheitstrychler" le 12 septembre 2021, dans une ferme de l'Oberland zurichois. [KEYSTONE] Le conseiller fédéral Ueli Maurer, ministre des Finances, portant un t-shirt blanc avec le logo des « Freiheitstrychler » le 12 septembre 2021, dans une ferme de l’Oberland zurichois. [KEYSTONE]

Moins connue, la robe rouge de Simonetta Sommaruga au forum de Davos en 2020 a même été exposée au musée du textile à Saint-Gall. La conseillère fédérale avait commenté ce choix: « J’étais tout en rouge, car mon discours évoquait un monde en feu. »

Toute vêtue de rouge, tSimonetta Sommaruga, Présidente de la Confédération, s'adresse à une session plénière lors de la 50e réunion annuelle du Forum économique mondial (WEF) à Davos, le mardi 21 janvier 2020. [KEYSTONE - GIAN EHRENZELLER] Toute vêtue de rouge, Simonetta Sommaruga, présidente de la Confédération, s’adresse à une session plénière lors de la 50e réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, le 21 janvier 2020. [KEYSTONE – GIAN EHRENZELLER] Des codes qui évoluent

Au quotidien, certains politiciens affichent des signaux plus classiques. Le socialiste vaudois Samuel Bendahan et son éternel t-shirt rouge en sont l’exemple parfait. Le conseiller national le reconnaît lui-même: c’est très pratique, cela affiche sa couleur politique et lui évite de réfléchir le matin en s’habillant.

Le conseiller national socialiste Samuel Bendahan s'exprime au Parlement avec son fameux t-shirt rouge, le mercredi 4 juin 2025, à Berne. [© KEYSTONE / TIL BUERGY - TIL BUERGY] Le conseiller national socialiste Samuel Bendahan s’exprime au Parlement avec son fameux t-shirt rouge, le mercredi 4 juin 2025, à Berne. [© KEYSTONE / TIL BUERGY – TIL BUERGY]

Un critère d’appartenance politique tend toutefois à s’estomper: le port de la cravate. Traditionnellement, un homme de gauche n’en porte pas, contrairement à un homme de droite. Si la règle reste largement valable, les limites deviennent plus floues.

Marcel Dettling, actuel président de l’UDC, illustre cette évolution. Lorsqu’il a été élu en 2019, il se pliait à la règle stricte de la cravate au sein de son parti. Depuis quelque temps, il s’en est affranchi. Visuellement, il ne se distingue plus d’un homme de gauche.

Le président de l'UDC et conseiller national Marcel Dettling présent sur un plateau de SRF sans cravate, le 8 mars 2026, après une journée de votations. [© KEYSTONE / PETER SCHNEIDER - PETER SCHNEIDER] Le président de l’UDC et conseiller national Marcel Dettling présent sur un plateau de SRF sans cravate, le 8 mars 2026, après une journée de votations. [© KEYSTONE / PETER SCHNEIDER – PETER SCHNEIDER]

A l’inverse, Benoît Gaillard et Matthias Aebischer, tous deux socialistes, sont toujours habillés avec soin, y compris le fameux accessoire autour du cou. Un observateur inattentif pourrait presque les confondre avec des élus PLR.

Le socialiste vaudois et conseiller national Benoit Gaillard, s'exprimant ici le 15 septembre 2025 à Genève, avec une cravate autour du cou. [© KEYSTONE / CYRIL ZINGARO - CYRIL ZINGARO] Le socialiste vaudois et conseiller national Benoit Gaillard, s’exprimant le 15 septembre 2025 à Genève, avec une cravate autour du cou. [© KEYSTONE / CYRIL ZINGARO – CYRIL ZINGARO]

Une chronique de Pierre Nebel adaptée par RTSinfo