Depuis le 1er janvier, il est désormais possible d’acheter directement son courant auprès de ses voisins équipés de panneaux solaires. Ce système forme ce qu’on appelle « une communauté électrique locale ». Le visage d’Essertines-sur-Rolle (VD) est l’un des premiers villages romands à s’être lancé.
Pour Sylvain Mignot, fromager vaudois, consommer local résonne comme une devise. Après le lait, l’électricité. Dès le 1er mai, celle qu’il utilise proviendra de la région, produite par les panneaux solaires de ses voisins.
» L’idée principale était de soutenir un projet local, de valoriser toute l’électricité produite, même lorsque les habitants ne sont pas là pour la consommer pendant la journée », explique Sylvain Mignot dimanche dans le 19h30 de la RTS.
Consommer local, aussi pour l’électricité
Le but est ainsi de valoriser l’énergie produite localement. Un autre avantage réside dans la possibilité, pour les membres, de décider eux-mêmes des tarifs . »Le but, c’est que je puisse économiser un peu par rapport au prix de Romande Énergie », souligne Sylvain Mignot.
Les bâtiments communaux et les ménages bénéficient d’un tarif préférentiel. Chez Romande Énergie, un ménage classique paie son kilowattheure un peu plus de 30 centimes. Dans la communauté électrique d’Essertines-sur-Rolle, il est près de 6 centimes moins cher. Pour un ménage type, l’économie est estimée à un peu moins de 280 francs par année.
L’électricité consommée peut provenir d’un toit situé à quelques centaines de mètres seulement. Et en cas de pénurie, les utilisateurs conservent également un filet de sécurité: ils peuvent toujours se fournir auprès de leur fournisseur habituel.
Un modèle gagnant pour producteurs et consommateurs
Les propriétaires de panneaux solaires y trouvent aussi leur compte. Ils vendent leur surplus d’énergie à la communauté, souvent à un prix plus avantageux que celui proposé par les fournisseurs traditionnels.
« L’électricité qui arrive du toit, va ensuite être transformée pour être réinjectée sur le réseau, soit pour les membres de la communauté électrique locale qui consommerait, soit auprès de Romande Energie », explique Pierre Jaccard, président de la coopérative liée à la communauté électrique locale, au micro de la RTS.
D’un point de vue financier, ils sont également gagnants. Le courant est vendu environ 3 centimes plus cher que ce que propose en moyenne Romande Énergie.
Mais pour lui, l’essentiel est ailleurs. « On peut reprendre la capacité de décider sur les tarifs de l’électricité. C’est aussi utiliser un bien commun pour créer du lien et mieux autoconsommer l’énergie produite localement ».
Un système qui redistribue les coûts
Si les consommateurs et consommatrices paient moins cher et les producteurs vendent plus cher, c’est notamment grâce à une remise accordée par le distributeur sur les frais d’acheminement du courant. Elle varie entre 20 et 40% selon la proximité entre producteur et consommateur. Pour les gestionnaires de réseau, cela représente un léger manque à gagner, mais celui-ci est répercuté sur les autres consommateurs d’électricité.
« Il y a une redistribution des frais de réseaux. Entre les gens qui font partie d’une communauté électrique locale et ceux qui n’en font pas partie », explique Caroline Schweighofer, cheffe de projet à Romande Énergie. Concrètement, celles et ceux qui ne font pas partie d’une communauté électrique locale risquent de payer un peu plus cher leur accès au réseau.
Actuellement, en Suisse romande, près de 150 communautés électriques sont en train d’être mises sur pied.
Dario Mercolli/hkr