En Suisse, nous sommes de grands consommateurs et consommatrices de café. Beaucoup l’associent à un gain d’énergie, mais aussi à une amélioration de l’humeur. Cette perception est-elle fondée ou s’agit-il d’une illusion entretenue par l’habitude? FastCheck a décrypté plusieurs études et a interrogé Yasser Khazaal, psychiatre au CHUV.

Le café boost notre humeur : vrai ou faux ? Le café boost l’humeur : vrai ou faux ? / FastCheck / 4 min. / vendredi à 14:20

Avec une consommation moyenne de deux à trois tasses par jour, nous devançons nos voisins français et italiens, comme le confirme une étude de Deloitte. Cette habitude est souvent justifiée par la recherche d’un « coup de fouet » matinal. Scientifiquement, cet effet est bien réel: la caféine bloque les récepteurs de l’adénosine (la molécule de la fatigue) et stimule la production de dopamine (le neurotransmetteur du plaisir).

Toutefois, le piège se referme sur les consommateurs quotidiens. Pour eux, ce « boost » matinal n’est souvent pas un gain net de bien-être. Le professeur Yasser Khazaal, psychiatre spécialiste des addictions au CHUV, confirme ce point.

Pour un buveur régulier, l’amélioration de l’humeur est principalement un soulagement des symptômes de sevrage tels que la fatigue et l’irritabilité qui se sont installés durant la nuit, plutôt qu’un véritable gain de bien-être au-delà du niveau de base

Yasser Khazaal, psychiatre spécialiste des addictions au CHUV

Le café ne nous rend pas « meilleurs » que la normale, il nous ramène simplement à notre état de base en annulant les effets du manque. Cette analyse est corroborée par la psychologue Laura Juliano, citée dans un article du New York Times, qui explique que le vrai « boost » est surtout réservé aux buveurs occasionnels. D’ailleurs, une étude parue en 2025 dans la revue Scientific Reports précise que cet effet positif est le plus marqué dans les deux heures et demie qui suivent le réveil, aidant à surmonter l’inertie du sommeil.

Un équilibre fragile entre bien-être et anxiété

En tant que stimulant, la caféine active la partie de notre système nerveux responsable de la réaction de « combat ou fuite », celle qui prépare notre corps à réagir face à un stress. Cela se traduit par une augmentation du rythme cardiaque et de la tension, des réactions physiques similaires à celles de l’anxiété. Yasser Khazaal précise que cet effet est dépendant de la dose: « Il devient significatif au-delà de 200 mg par prise ou 400 mg par jour », soit l’équivalent d’environ quatre expressos. Pour les personnes sensibles, cela peut se manifester par de la nervosité ou des palpitations. Une consommation tardive peut perturber le sommeil, créant un cercle vicieux où la fatigue appelle plus de café, augmentant l’anxiété.

Quant à l’idée que le café pourrait combattre la dépression, les preuves sont fragiles. Une méta-analyse parue en 2023 dans la revue Frontiers in Nutrition montre bien une corrélation entre une consommation élevée et un risque de dépression plus faible. Cependant, les auteurs et d’autres experts rappellent qu’il ne s’agit pas d’un lien de cause à effet et que le café ne peut être considéré comme un traitement.

Si le café peut effectivement offrir une bouffée de bien-être, son effet est à nuancer fortement chez les habitués. Pour profiter de ses bienfaits sans les inconvénients, la plupart des experts s’accordent sur une consommation modérée, de l’ordre d’une à deux tasses par jour.

Hélène Joaquim