La séquence décrite par la chanteuse louvaniste remonte à la fin du printemps 2025. Stéphane Galland, batteur de l’emblématique trio belge Aka Moon, reçoit une « Carte blanche » du festival Jazz Middelheim à Anvers. Avec son fils Elvin – claviériste, producteur, directeur musical et actuel compagnon de route d’Helena sur sa tournée triomphale —, il a l’idée de proposer à Selah Sue un concert en formule trio. Le show au Middelheim est une réussite totale. « On a eu la chair de poule, confie Elvin Galland. La collaboration s’est si bien déroulée qu’on a poursuivi l’aventure. »
Selah Sue: « J’ai toujours eu des complexes avec mon poids, mon apparence. Et puis, j’ai accouché… »
Neuf mois après ce happening anversois, Selah Sue and The Gallands dévoilent Movin’, leur premier album, et annoncent une tournée qui sillonnera les plus grands festivals de jazz : Uhoda à Liège, Tournai Jazz, Gent Jazz, NorthSea Jazz à Rotterdam, Jazz à la Villette à la Philharmonie de Paris, Jazz In Marsac en région Nouvelle-Aquitaine. Movin’ s’ouvre par une courte intro révélatrice : quelques notes de piano, l’ingé son qui demande un test au micro. « Tu es prête Selah ? » La chanteuse qui répond du tac au tac : « Let’s Go ». Et le groove surgit. Limpide, organique, flamboyant…
« Mon propre truc »
« Cette intro résume parfaitement l’esprit du disque, explique la chanteuse. J’ai rarement ressenti une telle fluidité, une telle liberté. Sur mes albums précédents, il y a toujours eu un manager, un producteur ou quelqu’un de mon entourage pour me guider vocalement. Et comme je suis très influençable, je doutais à chaque suggestion. Pour Movin’, j’ai enregistré mes prises de voix chez moi, à Bertem. Très tôt le matin, quand mes enfants dormaient encore. J’ai fait mon propre truc… »
Cataloguée, à ses débuts en 2011, comme artiste pop, voire ragga -ses tubes « Peace Of Mind » et « Raggamufin » en témoignent —, Selah Sue explore avec les Galland père et fils un jazz mélodique qui ne manque pas de nuances. Néo-soul sur « Another Way », « Ready To Play » et le magnifique « Guiding You » ; trip-hop sur « Break Me Free » et « Rise As One » ; spoken word sur « In a Minute ». « Personnellement, j’ai toujours considéré le jazz comme une musique où tout est permis, note Elvin Galland, le benjamin de l’équipe. Nous avons des expériences et des personnalités différentes. Mon père a une approche ouverte du jazz, alors que moi, je suis plutôt cartésien. Selah, elle, fonctionne à l’énergie. Nous étions parfaitement complémentaires. Ce qui m’a bluffé chez elle, c’est sa façon de poser sa voix, presque instinctivement. Elle n’a aucun ego. Elle écoute les harmonies et, dès qu’un espace se libère, elle y glisse sa voix. »
Accepter la maladie
Evoquant la fragilité humaine, le titre « In a Minute » condense le message de l’album avec une rare honnêteté. « I fall apart. In a minute, I rise again », chante Selah Sue. « Je m’effondre. Une minute plus tard, je me relève. » Sous antidépresseurs depuis l’âge de 14 ans, l’artiste n’a jamais hésité à alerter sur la problématique des troubles mentaux. « J’ai toujours été ouverte sur le sujet. Mais ça n’a jamais été non plus mon intention de m’ériger en porte-parole. Je partage simplement mon expérience. Plus qu’un hit, ma plus belle récompense, c’est quand quelqu’un vient me dire après un concert : « Vos chansons m’ont aidé. »
Entre chute et renaissance, « In a Minute » affirme son acceptation de la bipolarité. « Il m’a fallu des années pour comprendre qu’il ne fallait pas lutter, mais apprendre à vivre avec. Je n’éprouve pas de haine ou de colère envers ces troubles mentaux. Movin’ retrace ce voyage intérieur, de la douleur à la guérison. Le message, c’est : Avance. Reste en mouvement, arrête de résister, laisse-toi porter. »
Son premier album homonyme, sorti voici quinze ans, l’a projetée très jeune au cœur d’une notoriété difficile à appréhender. Le disque s’est écoulé à un million d’exemplaires, avec tout ce que cela implique comme promotion, tournée interminable, remixes, collaborations voulues personnellement ou… décidées par son label. « Quand tu fais ton premier disque et qu’on te propose de tourner aux États-Unis en première partie d’Ed Sheeeran, bien sûr que tu acceptes. Artistiquement, c’est une expérience incroyable. Mais, d’un autre côté, je me retrouvais souvent seule, à Los Angeles, à New York ou au milieu de nulle part. J’avais envie d’être chez moi, de me poser, d’écrire de nouvelles chansons et on me disait : ‘Ton premier disque se vend encore, on continue.’ Avec les années, j’ai gagné en liberté. Mais ça prend du temps. Mes albums solo me demandent environ quatre ans. Quel producteur choisir, quels musiciens, quelles chansons, quel single ? Avec Elvin et Stéphane, il n’y a pas eu toutes ces questions. J’ai découvert la spontanéité. »
Le 9/5, Uhoda Jazz, Liège. Le 28/6, Tournai Jazz. Le 13/7, Gent Jazz.Selah Sue & The Gallands, Movin’, Because Virgin
Movin’ nouvel album de Selah Sue & The Gallands ©Because Virgin