Il fallait du culot, de l’inspiration, de l’amour pour la démocratie et pas mal d’humour. Mise en scène par Laurence Maître au Château de Neuchâtel, au siège même du parlement cantonal, « Grand conseil » (re)joue la politique. Et c’est du très bon théâtre à voir jusqu’au 28 mars.

La politique, dit-on, est un spectacle. Dans « Grand conseil », création hors norme qui a mobilisé quatre théâtres neuchâtelois, le spectacle c’est précisément la politique. Jusqu’au 28 mars, à l’invitation du TPR, du Théâtre du Passage, de l’ABC et du Pommier, le public se rend au Château, dans la salle plénière du législatif neuchâtelois.

Spectateurs et spectatrices se répartissent sur les sièges des parlementaires. Le cadre impressionne et la salle est solennelle. Les noms des vrais élu-e-s figurent toujours sur les pupitres de même que le petit clavier pour voter.

La démocratie qui s’improvise chaque soir

Face aux travées, voici les chefs et cheffes de groupes. Ou plutôt les excellentes comédiennes et comédiens Anne-Sophie Rohr Cettou, Aloïse Held, Françoise Boillat, Alain Borek et Sébastien Ribaux. Ils et elles retournent leur veste, changent de ton, de perruque, de rôle et de parti au fil de ce spectacle qui allie joutes parlementaires, travaux en commission, comités de parti et autres apartés stratégique, voire récits des dernières vacances avant de partir à la buvette. C’est du théâtre, c’est de la démocratie. Elle se joue et s’improvise en direct chaque soir.

Au menu dramaturgique: l’élaboration d’un contre-projet suite à l’aboutissement d’une initiative. La proposition émane des milieux écologistes: taxer le commerce neuchâtelois de la viande et reverser la somme obtenue aux ménages du canton pour abaisser le montant de leur prime maladie. Inutile de préciser que ça va tousser fort sur les bancs du camp bourgeois…

Avec « Grand Conseil », la politique est un sacré théâtre à Neuchâtel. / Vertigo / 4 min. / mardi à 17:08 Un vrai Grand Conseil avec des interprètes crédibles

Les interprètes, à la fois crédibles, malicieux et didactiques représentent les Verts, les Vert-Libéraux, le PLR, le PS et l’UDC. Il manque deux formations politiques – POP et Centre – pour que le spectacle soit parfaitement représentatif du vrai Grand Conseil, mais on peut imaginer qu’il fallait limiter la distribution des rôles pour des raisons de coûts.

La cloche sonne, la session peut commencer. 1h40 durant, on écoute les arguments des unes et des autres, leurs doutes, leurs stratégies et parfois leur désarroi ou leur colère devant la complexité du sujet. Une politicienne passe à la moulinette de l’émission RTS Forum. La caricature est piquante. En fin de session, pardon de représentation, on passe au vote. Une première fois pour tel ou tel amendement, une ultime fois pour l’acceptation du texte final de ce contre-projet.

Ludique, palpitant et informatif

« Grand conseil » est un spectacle né d’une première expérience de la metteuse en scène Laurence Maître lors de ses études de droit. Avec la complicité de la dramaturge Valérie Poirier, elle a imaginé cette pièce de théâtre qui aurait pour dramaturgie l’exercice même de la démocratie avec toute la fragilité et parfois l’irrationnalité qu’elle peut comporter.

C’est ludique, assez palpitant et surtout très informatif. Qui ne comprend pas la politique ou la considère avec le même découragement qu’une notice de montage d’une armoire en kit devrait impérativement assister à « Grand Conseil ». Tout y est clair, lumineux et même amusant. On rêve que la pièce puisse s’exporter dans les autres cantons romands.

Thierry Sartoretti/ld

« Grand conseil » de Laurence Maître, avec Anne-Sophie Rohr Cettou, Aloïse Held, Françoise Boillat, Alain Borek et Sébastien Ribaux, Château de Neuchâtel, jusqu’au 28 mars 2026. Réservation dans les théâtres neuchâtelois suivants: Passage, Pommier, TPR et ABC.