Journaliste, biographe, éditrice, femme de radio et de télévision, Laure Adler était l’invitée d’honneur du dernier Salon du livre de Genève. Fervente adepte de la lecture, la septuagénaire partage sa flamme littéraire sur TikTok et Instagram et croit fermement en l’avenir de l’écrit.
« Il n’y a pas de journée sans lecture », confie d’emblée Laure Adler dans l’émission Vertigo du 20 mars diffusée en direct du Salon du livre de Genève, elle qui consacre du temps chaque matin depuis 25 ans à lire des passages de l’Ancien Testament. Toutes les semaines, cette femme de lettres reçoit « entre 80 et 130 à 150 livres », dont elle chronique les meilleures feuilles dans des vidéos publiées sur les comptes TikTok et Instagram de Radio France.
La journaliste et essayiste de 76 ans n’exclut aucun type de livre: « Ce serait complètement con de refuser des genres littéraires! Il y a des genres qui ont mauvaise presse, par exemple la dark romance. Mais à partir du moment où vous lisez, vous êtes introduits dans un monde de séparation et de réunion de vous-mêmes. Et ce double mouvement, en apparence contradictoire, vous permettra toutes les libertés, toutes les audaces et tous les plaisirs. Certains livres de dark romance sont très bien écrits et vous autorisent à rentrer dans l’univers du conte de fées, de la fiction la plus exceptionnelle et la mieux écrite qui soit. Du moment qu’on lit, c’est le principal. Parce qu’il se passe quelque chose entre soi et soi », souligne Laure Adler.
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Les jeunes, ces grands lecteurs
Ancienne directrice de France Culture, pour laquelle elle a travaillé pendant 40 ans, Laure Adler poursuit désormais son travail de passeuse de culture dans un podcast et sur les réseaux sociaux. « Je crois à l’avenir du livre, à la jeunesse qui lit (…) Les jeunes sont de plus grands lecteurs que les générations précédentes. Simplement, ils ne lisent pas de la même manière et ne consomment pas les conseils de lecture de la même manière. Il faut donc s’adapter à cette jeunesse et essayer de s’adresser à elle. Les réseaux sociaux existent, ils nécessitent un esprit de synthèse, de fragments. J’ai essayé et je tente toujours, avec les moyens de la modernité technologique qui est à mon avis un avantage et pas du tout un désavantage, de pouvoir m’adresser à tout le monde. Finalement, la lecture est plus démocratique que quand j’étais étudiante », indique-t-elle.
Loin du catastrophisme ambiant, Laure Adler délivre au contraire un discours optimiste et engagé sur les réseaux sociaux. « Le numérique a apporté un autre éveil intellectuel, une autre conscience (…) à la légitimité de l’écrit, la possibilité de la transmission, l’éloge de la mémoire. Au lieu de se lamenter sur les progrès des réseaux sociaux, l’effacement et l’oubli, de se terrer du haut de sa chaire d’universitaire en disant: ‘C’est fini, c’est la catastrophe’, je pense qu’il se passe exactement le contraire », affirme-t-elle, en citant Michel Serres, l’un de ses professeurs de philosophie les plus importants: « Ça n’a jamais été mieux avant, c’est mieux maintenant et ce sera toujours mieux après ».
La lecture est un plaisir. Donc il faut essayer d’en faire l’éloge en s’adaptant aux moyens technologiques qu’utilise le plus grand nombre.
Laure Adler La démocratisation de la lecture
Biographe de grandes figures féminines aujourd’hui disparues comme Marguerite Duras, Hannah Arendt, Simone Veil, Françoise Giroud ou encore Charlotte Perriand, Laure Adler estime qu’au fil des années, la lecture s’est démocratisée, permettant à toutes les classes sociales d’avoir accès à la littérature.
« Il y a 25-30 ans, je connaissais des gens qui n’osaient pas franchir le seuil d’une librairie et qui me disaient: ‘Ce n’est pas pour moi. Je n’ai pas fait d’études ou je n’ai pas mon bac’. (…) [Aujourd’hui] en France, le nombre de librairies ne cesse d’augmenter et elles sont reprises par des jeunes qui adorent partager leur plaisir de lecture. Et quand je vois en me baladant dans ce festival [le Salon du livre de Genève ndr] le nombre de stands de bandes dessinées et d’éditeurs qui sont consacrés à la jeunesse, je m’en réjouis parce que c’est là, l’avenir du livre ».
Propos recueillis par Pierre Philippe Cadert
Adaptation web: Melissa Härtel