Un film comme un poème, comme un murmure. Un film sensoriel, organique. Du cinéma, mais du cinéma autrement, ou plutôt comme on ne sait plus trop en faire. A l’heure des plateformes imposant le principe d’arcs narratifs qui ne doivent laisser aucune place à la suggestion, au mystère, il est toujours réjouissant de pouvoir s’immerger dans des films d’auteur qui proposent autre chose qu’une histoire linéaire, où tout est expliqué et réexpliqué, par peur de l’ambiguïté.

Le Lac, premier long métrage du cinéaste et artiste neuchâtelois Fabrice Aragno, Lausannois d’adoption faisant partie des artistes invités à la prochaine Biennale d’art de Venise, est de ces propositions qui permettent un pas de côté. Seule production suisse sélectionnée l’été dernier dans la compétition internationale du Locarno Film Festival, avec à la clé le premier prix du Jury des jeunes et une mention spéciale du Jury œcuménique, elle a la forme d’une évocation impressionniste d’un couple prenant part à une régate de plusieurs jours sur le Léman. Qui n’est jamais nommé, Fabrice Aragno ayant même au départ caressé l’idée de filmer des images sur plusieurs lacs.