Projet de vaccin ARN pour traiter le cancer du foieEn Belgique, le cancer du foie augmente surtout chez l’homme
En Belgique, les chiffres du registre du cancer montrent qu’en 2023, 814 personnes ont reçu un diagnostic de carcinome hépatocellulaire (CHC), la forme la plus fréquente de cancer du foie, dont 648 hommes et 166 femmes. Un diagnostic tardif entraîne un pronostic vital défavorable.
« C’est très frustrant, parce que 90 % des cancers du foie sont causés par des hépatites virales, et ils sont donc parfaitement évitables », explique le Dr Stefan Bourgeois, hépatologue à l’hôpital Cadix d’Anvers.
Evaluer la santé de son foie en encodant les résultats dans l’IA?Les hépatites virales en Belgique
Où en sont les hépatites B et C dans notre pays ? Les enfants sont vaccinés contre l’hépatite B après 4 à 6 semaines de vie, depuis les années 1999-2000… sauf si les parents s’y opposent, car le seul vaccin légalement obligatoire est celui contre la poliomyélite.
Il y a également un dépistage chez les femmes enceintes. Et si la charge virale (la quantité de virus dans le sang) est importante, la patiente va être traitée pour diminuer la présence du virus, qu’on ne peut pas complètement supprimer. L’enfant va être vacciné quelques jours après sa naissance.
« Sans mesure de précaution, il y a 90 % de risque de transmission de la mère à l’enfant pour l’hépatite B (et 3 à 5 % pour l’hépatite C), reconnaît le spécialiste. C’est pour cela qu’il y a presque 300 millions de gens atteints de l’hépatite B dans le monde. »
Les populations les plus exposées
Donc la maladie circule généralement soit chez la population plus âgée, soit chez les personnes originaires d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique du Sud.
Pour le Dr Bourgeois, il faut dépister systématiquement les immigrés venant de pays à risque, qu’ils viennent chez nous par une filière légale ou non. « Si on les dépiste suffisamment tôt, on évite la cirrhose, la greffe et le décès d’un cancer du foie. »
Comment attrape-t-on une hépatite virale ?
L’hépatite C se transmet par le sang. « La moitié des malades sont des personnes qui consomment de la drogue par voie intraveineuse », dit le médecin. L’autre moitié peut l’avoir attrapée chez un dentiste au Pakistan ou un tatoueur dans un pays exotique, qui aurait mal désinfecté son matériel.
« Il y a des foyers en Géorgie, en Égypte et en Mongolie » affirme le Dr Bourgeois.
Alors que le virus du Sida ne survit que 30 minutes à l’extérieur du corps, celui de l’hépatite C survit 10 jours sur une seringue, et celui de l’hépatite B jusqu’à trois semaines ! On peut se contaminer à cause de la présence de sang une brosse à dents ou un rasoir.
L’hépatite B est d’ailleurs considérée comme une infection sexuellement transmissible (IST), alors que l’hépatite C ne se transmet par des relations sexuelles anales ou traumatiques (provoquant des saignements).
Comment soigner l’hépatite ?
L’hépatite C se soigne par un traitement médicamenteux : « En 8 à 12 semaines, 98 % des malades sont guéris : il n’y aura pas de cirrhose, pas de cancer », se réjouit le spécialiste du foie.
Pour l’hépatite B, on peut faire baisser la charge virale, mais pas éradiquer le virus. Ce traitement permet de maintenir le patient en bonne santé et lui éviter de contaminer les autres.
Le traitement est remboursé depuis quelques années pour les personnes qui ont une charge virale importante, mais plus intégralement depuis 2026. Désormais, le patient doit débourser 2 euros par mois.
Le hic, c’est que le traitement contre l’hépatite B se prend à vie, « car si on arrête le traitement, la charge virale risque de remonter », reconnaît le médecin. Mais curieusement, il faut renouveler la demande de remboursement chaque année.
A Anvers, le Dr Bourgeois traite 1000 patients atteints d’hépatite B et en a traité plus de 2000 pour l’hépatite C. « Cette maladie devrait disparaître de Belgique, mais on n’y est pas encore. »
Une seule goutte de sang pour dépister
Le problème avec les maladies du foie, c’est que l’organe est très peu innervé : la maladie est indolore et l’on ne remarque les symptômes que très tard. D’où l’importance du dépistage.
« Le dépistage se fait par une simple goutte de sang, comme pour tester le taux de sucre d’un diabétique. Il existe un test rapide, qui permet en 5 minutes de savoir si la personne a des anticorps contre l’hépatite C ou l’hépatite B. Cette facilité rend ce test applicable partout : les centres de réfugiés, les centres commerciaux, les festivals de musique, les prisons, etc. »
Pour l’hépatite C, la présence d’anticorps au test rapide ne suffit pas à établir le diagnostic, mais il indique un risque de 80 % d’être atteint, à confirmer par une analyse supplémentaire.
Évidemment, on ne peut pas tester puis abandonner les gens. C’est pourquoi le Dr Bourgeois et son collègue francophone le Dr Mulkay informent les médecins dans les centres d’asiles sur le dépistage et le traitement.
Les autres causes de carcinome hépatocellulaire
En dehors des cancers causés par les hépatites virales, le cancer du foie peut être un cancer secondaire, des métastases provenant d’une autre tumeur secondaire.
« La cirrhose qui devient un cancer du foie peut également être provoquée par l’alcool, par l’obésité, et d’autres maladies chroniques, des maladies auto-immunes ».