Les violences domestiques sont en constante augmentation en Suisse, mais les jeunes sont particulièrement exposés et représentent 9,2% des violences domestiques. C’est un public peu expérimenté, avec peu de repères et souvent pas écouté. Et lorsqu’ils libèrent la parole, l’entourage a régulièrement tendance à minimiser les faits.
Les violences conjugales s’immiscent sournoisement dans un couple. Les 15-24 ans sont davantage exposés, comme Lina*, âgée aujourd’hui de 23 ans et qui sort tout juste d’une relation de plusieurs années au cours desquelles elle a subi des violences de la part de son compagnon. « Il m’a menacée avec des armes, avec un couteau sous la gorge », confie-t-elle dans le 19h30 de la RTS.
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Cet homme l’a isolée, coupée de ses proches pour exercer un contrôle total sur elle. Depuis leur séparation, elle a été forcée de déménager à plusieurs reprises pour le fuir. Trois plaintes ont été déposées, deux ont été classées sans suite, une autre est encore en cours.
Joana, elle, a 30 ans aujourd’hui. Avec ses deux enfants, ils vivent une vie paisible. Mais presque dix ans plus tôt, elle croise le chemin de celui qui sera son mari pendant quatre années. « Cette relation, c’était uniquement être à son service », témoigne-t-elle. « Je devais me réveiller pour lui faire à manger ou pour avoir un rapport ».
La violence s’accentue, son mari exerce un contrôle coercitif sur elle. « Je n’avais pas le droit de sortir quand je voulais, je n’avais même pas de téléphone », explique Joana. C’est lorsque son mari commence à s’en prendre à ses enfants, encore bébés, qu’elle a le déclic de partir. Malgré les demandes répétées de son conjoint pour qu’elle revienne, elle ne cède pas. Joana explique: « Je savais que si j’y allais, ce serait fini, parce que j’avais fait l’affront ultime de partir ».
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L’interview complète de Joana, qui a été victime de violences domestiques / L’actu en vidéo / 1 min. / hier à 17:23 La violence banalisée
Dans les premières expériences amoureuses, les jeunes entre 15 et 24 ans sont souvent très exposés aux relations violentes. À cet âge, il est difficile de poser ses limites et de repérer les premiers signes de violence conjugale. L’association Santana Globally We Care (SGWC) accompagne les victimes de ces agissements et remarque qu’il est souvent plus difficile pour des jeunes de sortir d’une relation toxique.
« Maintenant, ils se surveillent à travers leur téléphone », raconte Angeles Santana, fondatrice de SGWC. Les réseaux sociaux apportent un référentiel biaisé. Les éléments de comparaison pour les adolescents ne sont pas représentatifs de la réalité. Par exemple, la jalousie, la surveillance et le contrôle sont presque romantisés à travers le contenu qu’ils regardent.
Lorsque certains osent enfin parler, un autre combat commence, celui d’être pris au sérieux. Amandine Franzoni et Caroline Naudin, toutes deux psychologues chercheuses à l’Université de Lausanne, ont initié la création d’un podcast. « Red Flag » donne la parole à six jeunes pour qu’ils témoignent des violences qu’ils ont subies. A travers leurs récits, on comprend qu’ils ont dû se battre pour se faire entendre et que l’entourage cesse de banaliser ces actes.
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Interview complète de Caroline Naudin et Amandine Franzoni, psychologues et créatrices du podcast Red Flag / L’actu en vidéo / 2 min. / hier à 17:36
« On minimise ce que vivent les jeunes », explique Caroline Naudin. Amandine Franzoni ajoute que « quand une personne vient libérer sa parole et ose demander de l’aide, il est de notre devoir de faire quelque chose ». Psychologues, associations, organismes, tous peuvent se mobiliser pour pouvoir offrir un accompagnement à ces jeunes, trop souvent invisibilisés.
Manon Touati
*Prénom d’emprunt