A l’enseigne du Festival Antigel ce week-end à Genève se sont produits l’Américain Jeff Tweedy et le Français Miossec dimanche soir, ainsi que le groupe alsacien Last Train samedi. Trois visions du rock différentes, mais tout aussi mordantes. Tour d’horizon.
En trois temps ce week-end, Antigel a rappelé l’attractivité et la diversité de sa programmation musicale sur les trois semaines de son festival. Entre l’Alhambra de Genève où se sont arrêtés le jeune groupe de rock français survitaminé Last Train un samedi soir de Saint-Valentin puis dimanche le chanteur américain Jeff Tweedy, leader emblématique la formation folk-rock Wilco, et l’Espace culturel de Genthod où le chanteur brestois Miossec a fait escale dimanche en début de soirée, ce sont trois visions d’un rock mordant qui ont pris corps.
Quand Jeff Tweedy achève ses deux heures de concert intense avec une reprise nerveuse du « Eisbär » des Helvètes underground de Grauzone, au côté de sa violoniste qui fait les couplets et les refrains en allemand et lui qui assure les parties distordues de guitare électrique, le public de l’Alhambra se lève d’un seul homme pour une première ovation. Dans la foulée de ce clin d’oeil territorial, l’épilogue très rock proposé par les six musiciens et musiciennes avec trois guitares et une basse notamment suscite une ultime salve d’applaudissements admiratifs.
Un hommage amplement mérité tant Jeff Tweedy, sous ses airs éternellement nonchalants à 58 ans, a le verbe toujours mordant. Chroniqueur des tensions de l’Amérique contemporaine, le chanteur de Chicago s’est entouré de ses deux fils sur disque et sur scène (clavier et batterie) et de jeunes musiciens qu’il a vu grandir. Et l’osmose, malgré l’écart générationnel, s’avère impressionnante. Tant en termes de puissance que de nuances sonores. De ballades folk mélancoliques et romantiques (« Love Is the King ») en morceaux de bravoure rock (« Diamond Light », « Lou Reed Was My Babysitter ») et des titres aux accents country (« Forever Never Ends » et « New Orleans ») ou pop (« Mirror » et « Gwendolyn »), Jeff Tweedy et son groupe montrent une complémentarité constante impressionnante.
Le beau vague à l’âme de Miossec
Le chanteur français Miossec à Genthod, dans le cadre du Festival Antigel, le 15 février 2026. [Festival Antigel 2026 – Andre Cordeli]
Un peu plus tôt dimanche, dans la commune genevoise de Genthod, Miossec, figure de la chanson rock francophone depuis trente et un ans et l’album « Boire », se présente quant à lui dans un formule resserrée en trio avec claviers et guitares.
Le chanteur breton de 61 ans débute de façon rock lancinante avec un coup d’oeil dans le rétroviseur de l’existence et en s’accrochant à la poésie de « On vient à peine de commencer ». Avant de dérouler les ressacs de son vague à l’âme, de tristes constats et des noirceurs romantiques au travers de « Meilleur jeune espoir masculin », « Madame », « Désolé pour la poussière », « Mes disparus », « La mélancolie », l’amour déclinant de « La nuit est bleue », ou l’inoxydable force tragique de « Je m’en vais » juste avant les rappels.
Le sens de la formule de Miossec entre zébrures de guitares électriques et groove des claviers (le dopé « A Montparnasse » ou la nouvelle version de « Non non non non (je ne suis plus saoul) » (au lendemain de la Saint-Valentin évoquée dans le texte) fait davantage mouche. Au plus près de l’os des mots, ce passage en revue de son répertoire parfois noir s’en trouve revitalisé.
La fouge rock de Last Train
Le groupe français Last Train sur la scène de l’Alhambra à Genève, dans le cadre du Festival Antigel, le 14 février 2026. [Festival Antigel 2026 – amdophoto]
Samedi soir à l’Alhambra, Last Train, les jeunes compatriotes de Miossec, ont quant à eux décidé de lâcher les chevaux et les guitares. Place ici à trois amplis Marshall placés sous la batterie surélevée et quatre autres des deux côtés des percussions et d’un clavier peu utilisé. L’un des plus énergiques et fougueux quatuor actuel de la scène rock, qui avait déjà retourné Paléo l’été dernier, entame son concert aussi frontalement que démonstrativement. Une entrée en matière un peu trop show off pour vraiment captiver, même si l’Alhambra chavire déjà et que la formation se dit particulièrement ravie que le public ait choisi de passer la Saint-Valentin en sa compagnie.
C’est dans les morceaux plus sinueux, dans les crescendos et variations rythmiques, dans les alternances entre tempête et calme électrique, que Last Train se montre finalement le plus mordant et incisif. Là, en dents de scie, le quatuor réussit à créer des tensions stupéfiantes sans besoin de recourir aux artifices scéniques ou stage diving. Comme sur « On Our Knees », « I Hate You », « Revenge » et le final ébouriffant « The Big Picture ».
Olivier Horner
Festival Antigel, Genève, jusqu’au 28 février 2026.