Au procès à Avignon d’Aurélie S., accusée d’avoir tué deux de ses bébés et de les avoir congelés, les psychiatres ont tenté mardi d’expliquer ce « paradoxe » de vouloir « détruire » les enfants tout en tentant de les « figer », de les « maintenir ».

« La congélation répond à un paradoxe: on veut détruire l’enfant, qu’il ne soit pas là, et en même temps on maintient son corps », a analysé un expert psychiatre appelé à témoigner au 4e jour du procès de cette femme de 44 ans.

« Elle a essayé de figer les choses et les corps », a-t-il ajouté.

Une autre psychiatre a renchéri: « La congélation, c’est une façon illusoire de suspendre le temps, de ne pas prendre de décision face à une décision impensable ».

Pour ces experts, cependant, les deux décès, survenus en 2018 et 2019 et pour lesquels Aurélie S. encourt la perpétuité, sont intervenus dans des contextes bien différents.

La petite fille morte quelques minutes après un accouchement très difficile d’Aurélie S., seule sur un canapé, a été victime de ce qu’ils appellent un « néonaticide ».

A la barre, le psychiatre a expliqué que lors d’un déni de grossesse, « face à la charge anxieuse, il y a une dissociation, l’esprit se détache du corps ». Aurélie S. l’a d’ailleurs répété aux experts: « après l’accouchement, je ne suis plus là ».

« Dans sa tête, cet enfant n’existe pas en tant que sujet », a renchéri l’expert. Il ne sera jamais nommé par sa mère, qui l’appelle « l’autre » et l’a mis au congélateur nu dans un sac de courses. Il y a donc, pour lui, « altération du discernement ».

– « Lien pathologique à la maternité » –

Pour la petite fille prénommée Allia et décédée quelques jours après sa naissance, en revanche, un des psychiatres est formel: « il s’agit d’un infanticide, sa responsabilité est entière ». Les filles aînées d’Aurélie S. étaient informées de cette grossesse et se sont même occupées du nouveau-né.

Quelques jours après sa naissance, leur mère leur avait dit l’avoir « fait adopter ». En réalité, la petite fille était morte, selon elle des suites d’une chute dans ses bras dans l’escalier. Elle l’avait aussitôt congelée.

Les psychiatres ont évoqué le « lien pathologique à la maternité » de cette femme tombée enceinte 8 fois « par accident » selon ses mots.

Trois expertes psychologues, qui ont examiné Aurélie S. à différents moments de la procédure, ont dessiné le portrait d’une femme « fermée », « carencée » affectivement, « inexpressive ».

L’accusée leur a parlé de mauvaises relations avec sa propre mère, dont pourtant elle n’est jamais parvenue à s’éloigner. Les expertes ont conclu qu’elle avait grandi sans aucun « repère féminin » et avait toujours un fonctionnement « infantile », « immature » et « dépendant ».

Les psychologues estiment qu’elle est « dans une toute puissance maternelle, avec le pouvoir de donner la vie et la mort ». L’une d’elles va plus loin et assure « peser ses mots »: « elle a une incapacité à être mère » car ses enfants sont « ses objets, ses choses… »

Interrogée sur l’absence d’empathie pour les victimes ou pour ses grandes filles démontrée par Aurélie S. lors des auditions, une experte note qu’elle est « dans l’incapacité d’investir émotionnellement et affectivement ses enfants ».

Quant aux causes des décès – chute ? coups ? absence de soins ? traumatismes liés à l’accouchement ? -, les experts légistes interrogés vendredi n’ont pas réussi à les déterminer avec certitude. Ils sont simplement certains que les deux bébés sont nés vivants.

« Dans les deux cas, le résultat est le même », déplore la présidente du tribunal, Laurène Dorlhac: « Ils ont fini dans le congélateur ».

publié le 24 mars à 21h57, AFP

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