Les députés genevois veulent que la lumière soit faite sur les deux engagements suspects intervenus récemment au sein de l’office chargé de la santé publique du canton. La commission de contrôle de gestion est désormais saisie.
Les soupçons de favoritisme à l’embauche à l’Office cantonal de la santé (OCS) à Genève prennent une tournure politique. Une proposition de résolution, soutenue par différents partis, a été votée vendredi soir par le Grand Conseil genevois.
Ce texte, déposé par le député du Centre Jean-Marc Guinchard, demande au Conseil d’Etat genevois de « mandater une enquête indépendante sur ces dysfonctionnements dans le recrutement, la gestion interne des ressources humaines et la dégradation du climat de travail au sein du Département de la santé et des mobilités (DSM) ».
Même adresse
Pour rappel, la RTS révélait dimanche qu’une infirmière et un infirmier avaient récemment été engagés dans des conditions particulières. Ces deux personnes, originaire de France, partagent la même adresse en Suisse et ont travaillé au même endroit, à savoir à Curabilis.
Une prison où ils ont d’ailleurs fréquenté leur actuel chef à l’Office cantonal de la santé, le professeur Panteleimon Giannakopoulos. Cette situation a alerté le syndicat SSP et l’Association des infirmières et infirmiers du canton.
Exemplarité
« Les missions confiées à l’Office cantonal de la santé sont centrales puisqu’elles touchent à la protection de la santé de la population, à la surveillance sanitaire, à la prévention et à la gestion de crises majeures », font valoir les signataires du texte parlementaire.
« À ce titre, cet office se doit d’être exemplaire, tant dans son fonctionnement interne que dans ses pratiques de gouvernance et de recrutement afin que seules les compétences, le parcours professionnel et l’intérêt des usagers soient les critères prépondérants à l’embauche. »
« Difficultés persistantes »
Or, écrivent les élus, « depuis le début de la législature, le Département de la santé et des mobilités est confronté à des difficultés persistantes en matière de ressources humaines, marquées par de nombreux départs, une instabilité managériale et un climat de travail dégradé. »
Ces dysfonctionnements entraînent désormais des répercussions directes sur la capacité de l’État à conduire une politique de santé publique cohérente et crédible
Extrait de la résolution votée au Grand Conseil
« Ces dysfonctionnements ne relèvent plus de simples problèmes organisationnels, ils entraînent désormais des répercussions directes sur la capacité de l’État à conduire une politique de santé publique cohérente et crédible. Les récentes révélations de la RTS concernant des soupçons de favoritisme à l’embauche au sein de l’Office cantonal de la santé viennent aggraver ce malaise. »
Suspension refusée
Outre la demande d’une enquête, les députés appellent aussi à transférer la gestion des ressources humaines du DSM dans un autre département, celui des finances, le temps des investigations.
Ils ont également demandé à suspendre « sans traitement » le professeur Giannakopoulos et « les personnes impliquées dans cette affaire », là encore le temps que l’enquête soit menée. Mais ce point a finalement été supprimé par la plénière du Parlement, vendredi après-midi.
Magistrat agacé
Au moment de prendre la parole, le conseiller d’Etat chargé de la santé Pierre Maudet a paru agacé. Il a estimé que cette proposition de résolution avait un « caractère hargneux et excessif » et qu’elle n’était basée que sur des « rumeurs ». Pour lui, le texte « jette en pâture des fonctionnaires ».
La résolution a finalement été votée, mais renvoyée en commission de contrôle de gestion par 68 voix oui, 16 non et 3 abstentions. Charge à elle maintenant de s’occuper de ce dossier.
Raphaël Leroy, Pôle enquête RTS