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Bonne nouvelle pour les accros au café. Non seulement leur boisson fétiche leur offre un coup de fouet salutaire en diminuant la sensation de fatigue, mais elle pourrait aussi protéger leur cerveau du risque de démence. À une condition néanmoins : qu’il ne soit pas décaféiné.

C’est en tout cas ce qu’affirment les auteurs d’une vaste étude récemment publiée dans la revue scientifique JAMA. Menée pendant 43 ans auprès de plus de 131 000 participants, elle montre qu’une consommation modérée de café – deux à trois tasses par jour – ou de thé – une à deux tasses par jour – est associée à un ralentissement du déclin cognitif, voire à une meilleure préservation des capacités cognitives.

« Il s’agit d’une étude très vaste et rigoureuse menée sur le long terme auprès d’hommes et de femmes, qui montre que la consommation de deux ou trois tasses de café par jour est associée à un risque réduit de démence », assure auprès du New York Times le professeur Aladdin Shadyab, de l’Université de Californie à San Diego.

Un risque de démence inférieur de 20 %

De précédents travaux avaient déjà été menés pour déterminer si le thé et le café étaient bénéfiques à la santé cérébrale. S’ils avaient montré l’efficacité de certains composés comme les polyphénols et la caféine pour réduire l’inflammation et limiter les dommages cellulaires, deux facteurs liés au déclin cognitif, leurs résultats étaient néanmoins mitigés en raison de leur courte durée ou du manque de données sur les habitudes de consommation à long terme.

Cette fois-ci, les chercheurs se sont appuyés de deux vastes bases de données, et des participants suivis pendant 43 ans. Âgés pour la plupart entre 45 et 55 ans au début de l’étude, ils ont régulièrement répondu à des questionnaires portant sur leur alimentation, leur santé et leurs habitudes de vie. Objectif des scientifiques : observer le lien entre la consommation de café, de thé et de café décaféiné et les possibles effets à long terme sur la santé cérébrale.

Parmi les plus de 130 000 personnes ayant participé aux travaux, un peu plus de 11 000 ont finalement développé une démence. Les auteurs ont observé que les personnes buvant entre une et cinq tasses de café par jour présentaient un risque de démence inférieur de 18 % par rapport à celles en consommant rarement ou jamais. Celles qui buvaient au moins une tasse de thé contenant de la caféine présentaient quant à elles un risque inférieur d’environ 15 %. Toutes ont aussi rapporté un taux de déclin cognitif plus faible et obtenu de meilleurs résultats à certains tests cognitifs.

Dans un communiqué, le coauteur principal de l’étude ajoute que la caféine semble même bénéfique chez les personnes « présentant un risque génétique élevé ou faible de développer une démence ».

Pas d’effet pour le café décaféiné

En revanche, les auteurs de l’étude ont constaté qu’aucun retard de démence n’était associé à la consommation de déca. Cela suggère donc que la caféine pourrait être un facteur important de préservation des capacités cognitives.

Attention, précise toutefois l’étude, les effets de la caféine ne sont pas illimités puisqu’au-delà de deux à trois tasses de café et une à deux de thé par jour, l’avantage cognitif semble s’estomper. Auprès du New York Times, le Dr Daniel Wang, coauteur principal des travaux, estime que cela est sans doute dû au fait que l’organisme humain ne peut plus, au-delà de cette limite, métaboliser les composés bioactifs du thé et du café.

Faut-il en conclure que les personnes qui ne boivent ni café, ni thé, devraient s’y mettre ? Pour le professeur Shadyab, ces résultats devraient plutôt rassurer celles qui s’interrogent sur leur consommation et les effets sur leur santé.

D’autant que, rappelle le Dr Wang, ces résultats sont certes « encourageants », mais n’ont pas valeur de vérité absolue car l’étude reste avant tout observationnelle. « Il est important de rappeler que l’effet observé est modeste et qu’il existe de nombreuses façons importantes de préserver les fonctions cognitives avec l’âge. Notre étude suggère que la consommation de café ou de thé caféiné peut constituer un élément parmi d’autre », conclut-il.