Dans un paysage saturé d’images et de récits, Visions du Réel souhaite faire office de boussole. Pour sa 57e édition, le festival de cinéma documentaire propose 164 films issus de 75 pays. A voir à Nyon (VD) du 17 au 26 avril 2026.

Pour sa 57e édition, le festival de cinéma documentaire se veut comme un repère dans un monde où « le réel s’efface ». Dans ce contexte, l’essor de l’intelligence artificielle s’impose comme un nouvel enjeu pour les organisateurs. Déjà utilisée par certains cinéastes, elle a suscité des interrogations éthiques. « L’IA générait une suite d’images donnant des choses extrêmement troublantes », explique à Keystone-ATS Emilie Bujès, la directrice artistique de Visions du Réel, évoquant des expérimentations passées.

Désormais, le festival a adapté son règlement. « On a voulu être informés de la manière dont l’IA est utilisée », précise-t-elle, reconnaissant toutefois que « si les gens ne sont pas honnêtes, on ne pourra pas toujours le savoir ».

Sy Hersh, un journaliste d’investigation hors pair

La manifestation s’ouvrira avec « Cover-Up », le dernier film de Laura Poitras, en présence de plusieurs personnalités, dont Alain Berset, l’ancien conseiller fédéral et actuel secrétaire général du Conseil de l’Europe. La réalisatrice américaine, – oscarisée pour « Citizenfour » consacré au lanceur d’alerte Edward Snowden -, dresse le portrait du journaliste américain Sy Hersh qui a révélé de grands scandales, du Watergate à la guerre du Vietnam. « Elle a mis vingt ans à le convaincre de participer », précise la directrice artistique.

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Autre invitée d’honneur, la cinéaste américaine Kelly Reichardt incarne une approche indépendante de la fiction, avec des films présentés à Cannes ou à Venise. « Ce que j’aime particulièrement chez elle, c’est sa manière de revisiter les mythes du cinéma américain, par exemple le western ».

Le festival accueille également le réalisateur ukrainien Sergei Loznitsa, connu pour ses films d’archives sur l’histoire post-soviétique. « Son travail est très précis, presque d’orfèvre », note Emilie Bujès, citant notamment un film consacré à la mort de Staline, où l’événement a été reconstruit à partir d’images d’époque.

Cinéma suisse en compétition

Sur le plan artistique, la compétition internationale de longs métrages se distingue cette année par la présence de trois films suisses sur les treize sélectionnés, un phénomène irrégulier mais « assumé ». « C’est important de ne pas forcer les choses », souligne Emilie Bujès.

Parmi eux, deux co-productions RTS, « Dentro » un film d’Elsa Amiel explore de manière poétique le travail d’un metteur en scène en prison, tandis que « Saudades Eternas » d’Emma Boccanfuso propose un huis clos familial dans une favela brésilienne. »Heat » de Jacqueline Zünd plonge lui dans les contrastes sociaux des pays du Golfe, entre les privilégiés et leurs climatiseurs face aux migrants qui travaillent sous des températures allant jusqu’à 50 degrés.

La compétition nationale reflète également cette diversité, entre films engagés et récits plus intimistes. Emilie Bujès cite notamment « En terrain neutre », une œuvre du cinéaste lausannois Stéphane Goël et du journaliste Mehdi Atmani consacrée à la neutralité suisse, « Eternal Snow » du Neuchâtelois François Kohler tourné au Népal, et « To the Moon and Back », d’Elsa Gomez Alvarez consacré à des jeunes en formation dans le domaine spatial.

Elle mentionne encore « What Comes from Sitting in Silence » de Sophie Schrago – une anthropologue, documentariste et activiste d’origine suisso-indienne – tourné dans un tribunal islamique féminin en Inde.

ats/sc

57e édition du festival de cinéma documentaire Visions du Réel, Nyon, 17 au 26 avril 2026.