Olivier Cadiot met en scène un conte urbain burlesque où un narrateur tente avec ses voisins de créer un jardin au sommet de son immeuble. « Love Supreme », titre clin d’oeil à l’emblématique album de John Coltrane, est un hommage au vivre ensemble comme antidote à l’ultramoderne solitude.

C’est l’histoire d’un homme qui, avec son colocataire, décide d’investir les toits de son immeuble pour profiter du grand air, y faire des plantations, aidé par la gardienne de l’immeuble qui a la main verte. Il lui vient même l’idée d’y installer une yourte pour y dormir. Mais le propriétaire des lieux n’est pas d’accord. Les résidents vont-ils savoir s’organiser pour réaliser leur petit paradis? Alors que le narrateur frappe de porte en porte pour solliciter leur aide, il découvre toute une micro-humanité hétéroclite qui vit dans les étages.

Comment va réagir le milliardaire qui déteste toute idée de communauté? Cette vieille idée datant de l’immédiat après-guerre lui semble démodée et finalement injuste (pour lui-même).

Extrait de « Love Supreme » d’Olivier Cadiot Une galerie de portraits

De livre en livre, le narrateur d’Olivier Cadiot est toujours un peu le même homme, irrémédiablement inadapté à la société qui l’entoure, mais plein d’espoir. Derrière la loufoquerie, le propos est politique. Olivier Cadiot met en scène une certaine idée du collectif, montre la nécessité de s’organiser face aux forces réactionnaires et au pouvoir de l’argent, et avec « Love Supreme » imagine des zadistes urbains qui tentent de créer, ensemble, une utopie moderne.

Son livre est aussi une galerie de portraits, peuplée de personnages parfois burlesques, tel ce philosophe qui escalade l’immeuble par l’extérieur, ou très émouvants, telle cette jeune femme qui a raté l’entrée au Conservatoire et répète « La mouette » de Tchékhov toute la journée.

Ce sont peut-être Perec, Coltrane et Polanski qui m’aident à écrire. Ce n’est pas moi qui convoque des références, mais plutôt des gens qui sont là dans ma tête et me disent: « écris sur moi, écris sur moi! »

Olivier Cadiot, auteur de « Love Supreme », dans le podcast QWERTZ du 23 mars Un livre qui échappe aux catégories littéraires

Poète, dramaturge, traducteur, écrivain, Olivier Cadiot a construit depuis quarante ans une œuvre théorique et romanesque d’une grande richesse, travaillant inlassablement l’écriture comme un matériau. Ce nouveau texte, comme les précédents, dont le très beau « Médecine générale » (ed. POL, 2021), échappe aux catégories littéraires, avec des passages qui relèvent de la poésie performative.

Il est aussi tissé de citations, son titre lui-même faisant référence à un album du saxophoniste américain John Coltrane. Et on peut bien sûr le lire comme un hommage à « La vie mode d’emploi » de Georges Perec.

Sylvie Tanette/aq

Olivier Cadiot, « Love Supreme », ed. POL, mars 2026.

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