Même les dirigeants du troisième collecteur de lait français se disent désormais incapables de toute prévision. L’évolution des prix du lait a surpris tout le monde ces derniers mois, admettait jeudi dernier, lors d’une conférence de presse, le directeur général de Savencia, Olivier Delaméa. Ce qui réallume les tensions entre les maillons de la filière en France.
2025 a été paradigmatique de la nouvelle volatilité, au point de réunir « deux années en une », souligne Savencia. Lors du premier semestre, la rémunération des éleveurs laitiers français a en effet grimpé, essentiellement à cause d’une explosion des cours du beurre portée par une demande exceptionnellement forte des États-Unis. Pendant le second semestre, en revanche, à cause d’une surproduction mondiale inattendue favorisée par ce contexte économique et de bonnes conditions météorologiques, les prix du lait ont dégringolé, explique Baptiste Buczinski, agroéconomiste à l’Institut de l’élevage.
Les prix proposés en ce début d’année (406,5 euros/1 000 litres pour Lactalis, 420 euros/1 000 litres pour Savencia par exemple) sont donc bien inférieurs à la moyenne nationale observée encore en décembre 2025, qui dépassait les 480 euros/1 000 litres d’après les données de FranceAgriMer. Et ce repli – qui va bien au-delà de la France, et inquiète jusqu’à Bruxelles – devrait se poursuivre, par effet d’inertie, encore au moins quelques mois. Résultat : les producteurs comme les transformateurs se retrouvent dans l’incertitude, voire dans la tourmente.
Les producteurs inquiets de revenir aux « années noires »
Les premiers condamnent durement les nouvelles baisses, et tirent la sonnette d’alarme sur le risque que le prix du lait repasse sous les coûts de production, notamment depuis que la guerre en Iran a renchéri une partie de leurs coûts de production. « Nous ne laisserons pas revenir les années noires où produire du lait faisait perdre de l’argent », met en garde depuis janvier la Fédération nationale des producteurs laitiers (FNPL), en pointant du doigt l’« opacité de certains industriels », accusés de s’enrichir sur le dos des producteurs.