Un éducateur en crèche aurait abusé sexuellement d’au moins quinze jeunes enfants dans les cantons de Berne et Zurich. Il s’agirait d’agressions graves et systématiques, montrent les recherches menées par la chaîne publique alémanique SRF, qui se fonde sur les actes d’accusation.
L’éducateur aurait commis les abus pendant ses heures de travail, dans les locaux mêmes des structures: toilettes, salle de sieste et même dans la salle principale. C’est ce qui ressort de l’acte d’accusation du Ministère public du canton de Berne, daté de fin juillet 2025, consulté par SRF.
Selon la description des faits contenue dans ce document, le prévenu se retrouvait seul avec ses victimes présumées, portes fermées, parfois à moitié nu. Les abus auraient duré plusieurs minutes et auraient été filmés. Ils auraient été commis sur une période totale d’un an et demi.
Deux crèches sont concernées: l’une dans la région de Berne, l’autre dans la région de Winterthour. Il s’agit d’institutions privées. SRF a été en contact avec les responsables de ces crèches, mais ne révèle pas le nom des établissements, afin de protéger les victimes.
Affaire classée après des soupçons
D’après l’acte d’accusation, le prévenu est soupçonné d’avoir commis des abus sexuels sur au moins quinze enfants, en majorité des filles La plus jeune victime aurait eu un an au moment des faits, la plus âgée quatre ans. Âgé de 33 ans, l’homme résidait dernièrement dans la région de l’Emmental. Il travaillait dans les deux crèches en tant que responsable de groupe, assumant ainsi la responsabilité pédagogique d’un groupe d’enfants.
Les agressions auraient également eu lieu dans la salle de sieste. [SRF]
Les recherches de SRF montrent que le prévenu a failli être découvert dès l’été 2022. Une mère inquiète s’était adressée à la direction de la crèche de Winterthour, sa fille de quatre ans lui ayant confié avoir été abusée. La direction de la crèche a alors déposé une plainte auprès de la police zurichoise.
L’homme refusant de s’exprimer et l’enfant de quatre ans gardant le silence lors de l’audition, l’enquête a été classée à la fin mai 2023. Malgré des investigations approfondies, aucun soupçon suffisant n’a pu être établi pour ouvrir une instruction pénale, indique le Ministère public zurichois, interrogé par SRF.
Licencié, il trouve une autre crèche
Bien que ces investigations n’aient pas débouché sur une procédure pénale, le responsable de groupe a été immédiatement licencié par la crèche de Winterthour. Un an plus tard, à l’été 2023, il a pris un nouveau poste dans une crèche de la région de Berne.
À l’été 2022, une mère inquiète a contacté la direction de la crèche de Winterthour. L’enfant ayant gardé le silence lors de l’interrogatoire, aucune poursuite n’a été engagée. [SRF]
La direction de la crèche bernoise indique avoir demandé des références auprès de l’ancien employeur à Winterthour, lesquelles auraient été positives. La direction de la crèche zurichoise conteste toutefois cette version: « Notre organisation n’a jamais été sollicitée pour fournir une référence ». En raison de l’enquête en cours, elle précise être tenue au silence.
En février 2024, l’éducateur est arrêté pour des soupçons liés à de la pédopornographie sur internet. À ce moment-là, il travaillait comme responsable de groupe dans la crèche de la région de Berne.
Lors de son arrestation, la police a saisi des ordinateurs portables, des disques durs et des clés USB contenant plus de 800 images et vidéos à caractère pédopornographique. Parmi celles-ci figureraient également des enregistrements des abus commis dans les crèches.
La police cantonale bernoise a arrêté l’homme en février 2024 et a découvert plus de 800 photos et vidéos à caractère pédopornographique à son domicile. [SRF] Aucun signe d’abus détecté
Dans les crèches concernées, c’est la consternation. « Ma cliente est choquée que de tels faits aient pu se produire », affirme Emanuel Zloczower, l’avocat qui représente la directrice de la crèche de la région de Berne. Ni les autres éducateurs ni la direction n’auraient remarqué quoi que ce soit.
La direction de la crèche de Winterthour indique également être « profondément affectée et bouleversée ». L’établissement dispose d’un concept de protection contraignant, qui existait déjà au moment des agressions. Par exemple, la porte de la salle de change doit rester ouverte et celle du dortoir ne peut pas être fermée.
La crèche de la région de Berne possédait elle aussi un concept de protection complet, interdisant notamment l’utilisation d’appareils électroniques privés. Ces prescriptions étaient appliquées au quotidien, souligne Emanuel Zloczower. L’institution n’est toutefois pas partie à la procédure: « Comme nous ne connaissons pas précisément les faits, nous ne pouvons pas nous prononcer », précise l’avocat.
Plainte pénale contre la crèche bernoise
Cette version est contestée par la défense des victimes. Selon Laura Jost, qui représente sept familles concernées, soit près de la moitié des victimes présumées, le caractère systématique des abus laisse supposer des défaillances organisationnelles. « Il n’est pas possible d’expliquer autrement de tels faits. »
L’acte d’accusation mentionne également certains indices: des enfants auraient présenté des inflammations dans la zone intime, refusé d’être touchés lors du change ou reproduit certaines scènes. Emanuel Zloczower affirme toutefois que ces éléments n’ont jamais été signalés à sa cliente: « Si cela avait été le cas, elle aurait immédiatement réagi. »
Laura Jost souhaite néanmoins faire examiner juridiquement une éventuelle responsabilité des crèches. Au nom de familles concernées, l’avocate a déposé à l’automne 2025 une plainte pénale contre la direction de la crèche de la région de Berne pour violation du devoir d’assistance ou d’éducation.
Selon elle, si une personne peut rester seule suffisamment longtemps avec un enfant pour commettre de tels abus et les filmer, le devoir d’assistance a été clairement violé.
Procès contre l’ancien éducateur
Mais c’est d’abord la culpabilité de l’ancien éducateur qui sera examinée. Le prévenu devra répondre notamment de viol, contrainte sexuelle et actes d’ordre sexuel avec des enfants devant le Tribunal régional de Berne. Selon son avocat, l’homme a en grande partie reconnu les faits. Il se trouve actuellement en exécution anticipée de mesures.
La combinaison d’aveux et d’enregistrements vidéo laisse penser qu’une condamnation est très probable. La présomption d’innocence reste toutefois valable jusqu’à un jugement définitif, tant pour le prévenu que pour les responsables de la crèche visée par la plainte.
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Leonie Marti et Matthias Thomi, SRF
Adaptation pour RTSinfo: Didier Kottelat