En quelques mois, Miki est devenue un phénomène. Depuis la sortie de son premier album, industry plant, en octobre 2025, elle enchaîne les concerts, les plateaux de télé et de radio. Ses écoutes sont considérablement boostées par les réseaux sociaux, notamment grâce aux chansons « Particule » et « Échec et Mat », devenues virales sur TikTok. La chanteuse de 27 ans dépeint habilement une génération extra-lucide et désenchantée, capable de regarder ses contractions droit dans les yeux et d’assumer ses failles avec panache : « J’crois pas que je me suis crash sur la bonne planète // Et pourtant c’est pas mal, y’a des terrains de foot et des omelettes » déclare-t-elle dès le titre d’ouverture. Sur scène, elle tourbillonne et emporte son public grâce à son énergie contagieuse, teintée d’une fausse nonchalance qui tient autant de la malice que l’impudence. Difficile de mettre Miki dans une case, contrairement à ce qu’ont insinué les mauvaises langues qui ont tenté de la réduire à une réussite marketing lorsque son succès est devenu fulgurant. Les professionnels ne s’y sont pas trompés : Miki est doublement nommée aux Victoires de la musique 2026, dans la catégorie Révélation et Révélation scène. Entre deux concerts, nous avons échangé avec elle à l’occasion d’un shooting organisé par Vanity Fair pour notre numéro de mars, disponible en kiosque dès le 25 février. Rencontre.
Qu’avez-vous ressenti en découvrant votre double nomination ?
Miki. Je suis très flattée, honorée et surprise de faire partie de ces nominations dès mon premier album. J’avoue avoir été assez surprise. Je suis très fière de faire partie d’une promo aussi éclectique, avec autant d’univers distincts. J’ai l’impression que le jury des Victoires est en train de changer – de point de vue, de mentalité – et il envoie de supers bons signaux aux générations de musiciens à venir : ils pourront faire exactement ce qu’ils ont en tête et, en même temps, être reconnus par un public assez généraliste.
Vous avez été visée par de virulentes critiques qui vous reprochaient un univers calibré pour les critères commerciaux de l’industrie musicale. Comment appréhendez-vous ces remarques aujourd’hui ?
J’entends toujours cette petite voix dans ma tête, de temps en temps. Les gens qui ont écrit ces propos-là se disent encore que tout a été orchestré. Certains pensent que j’achète des spectateurs pour qu’ils viennent à mes concerts, des trucs comme ça. Ceux-là auront toujours leur avis sur la question. Moi, je suis très au clair dans ma tête et je suis fière. Je ne me préoccupe plus de ce qu’ils pensent.
Pourquoi avez-vous supprimé les morceaux de vos débuts, sortis avant 2024 ?
Avant, la musique était vraiment un terrain de jeu pour moi et je ne mettais pas forcément l’accent sur les messages que je voulais porter, sur les paroles. Je voulais écouter mes chansons sans qu’elles ne me fassent me remettre en question ou même, réfléchir. À l’époque, j’avais une autre mentalité. J’ai ressenti un changement global dans la façon dont je voulais vivre ma vie, gérer mes relations personnelles. J’ai arrêté de me mentir à moi-même sur beaucoup de sujets. De ça ont émané des paroles beaucoup plus crues, beaucoup plus sincères, beaucoup plus « moi » que le masque que je portais jusque-là. Ça m’a fait beaucoup de bien, j’ai appris à me surprendre. J’ai réalisé qu’au fond, certes, tu fais de la musique pour que les autres puissent kiffer et s’évader dans un univers, mais c’est aussi une forme de recherche personnelle. Rien ne m’apporte plus de bonheur et de sentiment d’accomplissement qu’une musique grâce à laquelle j’apprends quelque chose sur moi-même. Dans ce domaine, les possibilités sont infinies à partir du moment où on a les outils et la volonté de les manier. Rien ne me ferait plus chier que le sentiment de stagner, de faire les choses de façon mécanique.
Vos paroles oscillent entre l’espièglerie et la noirceur, sans filtre. Que traduit ce style d’écriture ?
Ma manière d’être tous les jours et ce qui se passe dans ma tête. Je pense avoir plusieurs modes opératoires. Une part de moi est enfantine, goofy, dans un bon délire quand je suis dans une zone de confort, entourée de mes proches. J’ai aussi une part beaucoup plus cynique, critique, analytique. Tous les jours, je passe de l’un à l’autre. Je pense aussi qu’il y a des sous-dossiers dans chacune de ces humeurs.