L’artiste valaisan Nicolas Fournier investit le Manoir de Martigny (VS) avec « Revenir sur Terre » jusqu’au 10 mai. Entre volumes de terre éphémères, peintures monochromes et fascination pour les phénomènes naturels, l’exposition invite à une réflexion sur la fragilité de notre existence et de notre environnement.
Devant le Manoir de Martigny, deux immenses volumes de terre attirent immédiatement l’attention. Ces structures, qui pèsent chacune plus de trois tonnes et demie, sont en train de s’affaisser lentement. Nicolas Fournier, l’artiste à l’origine de cette œuvre participative, les compare à des châteaux de sable géants. « C’est comme sur une plage: il y a la marée, les usagers, les enfants qui jouent. Peu à peu tout finit par redescendre et tomber », explique-t-il dans l’émission Vertigo du 17 mars.
Baptisés « Modules », ces volumes instables font écho à un autre fil rouge de l’exposition « Revenir sur Terre »: la conquête spatiale. Par ce rapprochement, l’artiste s’interroge sur ce que représente notre « petite humanité » face à l’infini de l’univers.
Conçue comme une conversation à plusieurs voix, l’exposition met en relation les œuvres de Nicolas Fournier avec celles de quatre autres artistes basés en Suisse romande. Ainsi ses peintures, dessins, sculptures et créations en terre résonnent avec les installations sonores de Rachel Morend et Gabriel Scotti, les céramiques de Sarah Watson et un récit inédit imaginé spécialement pour l’occasion par l’auteur Jérémie Gindre.
Le Valais, source d’inspiration géologique et émotionnelle
Originaire du Valais, Nicolas Fournier puise dans les paysages de cette région pour nourrir son imaginaire. « Je marche beaucoup en Valais, un territoire marqué par les affaissements, les éboulements et les laves torrentielles », confie-t-il. Ces phénomènes, à la fois spectaculaires et inquiétants rappellent la fragilité du lieu – un thème qui traverse toute son approche artistique.
Parmi les œuvres exposées, une série de peintures monochromes attire l’attention. Dominées par un bleu fabriqué par l’artiste lui-même, elles ressemblent à un journal intime peint. « Ce bleu, un mélange de bleu de Prusse et de brun foncé, me permet de m’éloigner des couleurs des photographies sur lesquelles je me base », explique Nicolas Fournier. Cette teinte, unique et reconnaissable, devient une véritable signature, à l’image de celles des peintres Yves Klein et Jacques Majorelle.
« Les milliardaires dans l’espace », de Nicolas Fournier, Polaris Dawn II, 2025, huile sur papier, 30 × 40 cm [Nicolas Fournier]
« Revenir sur Terre » propose une immersion dans un univers où tout se transforme, s’érode, se déplace. Un parcours sensible et mouvant, à l’image des plaques tectoniques valaisannes qui inspirent l’artiste.
Propos recueillis par Florence Grivel
Adaptation web: Sébastien Foggiato
Nicolas Fournier, « Revenir sur Terre », Le Manoir de la ville de Martigny (VS), jusqu’au 10 mai 2026.