Des transactions financières suspectes, réalisées juste avant l’annonce de supposées négociations entre les Etats-Unis et l’Iran, ravivent les accusations de délits d’initiés et de conflits d’intérêts qui entourent le président Donald Trump.
Samedi soir, Donald Trump menace « d’anéantir les centrales électriques iraniennes ». Mais lundi, changement de ton. Le président américain annonce soudainement l’existence de « négociations productives » avec l’Iran. La réaction des marchés ne se fait pas attendre: le cours du pétrole chute de 10%.
Une aubaine pour de « mystérieux traders » qui, visiblement bien positionnés, profitent de cette baisse pour empocher 580 millions de dollars. Le timing de l’annonce, juste avant l’ouverture de Wall Street, fait immédiatement émerger des soupçons de délit d’initié.
Une méthode qualifiée de « magouille »
Pour Thomas Veillet, ancien trader et conseiller en investissement, la situation est troublante. « Ce n’est pas la première fois qu’on le voit et ça devient presque un peu trop visible », indique-t-il dans l’émission Tout un monde de la RTS. Selon lui, Donald Trump est le seul à pouvoir « faire bouger le pétrole dans un sens ou dans l’autre avec des paroles ». « Si en plus, il y a des gens qui se permettent d’agir avant et après pour en bénéficier, ça s’appelle du délit d’initié […] Le mot magouille est assez proche quand même », poursuit le spécialiste.
Cette stratégie suivrait un « schéma récurrent »: une annonce choc et agressive, suivie d’une phase de négociation ou d’un retour en arrière. Cette tactique, décrite comme le « Taco Trade » [Trump Always Chickens Out ou Trump se dégonfle toujours en français], provoque des mouvements sur les marchés et, par conséquent, des opportunités financières.
>> Pour en savoir plus sur la théorie du « Taco Trade » : La théorie du « TACO » ou quand les investisseurs ne croient plus aux menaces de Donald Trump
Les autorités de surveillance affaiblies
Si les soupçons sont forts, prouver de tels délits est quasiment impossible. La raison principale est que le « gendarme boursier » (la SEC) a été vidé de sa substance, tout comme le bureau de l’éthique gouvernementale et la loi sur la corruption.
« Trump imite beaucoup la politique de Ronald Reagan, qui était arrivé et qui a dérégulé absolument tous les secteurs économiques pour relancer la croissance. Il va encore plus loin dans le dégagisme puisqu’il a vidé de leur substance, de nombreuses instances fédérales. Mais ça profite effectivement aux milieux économiques », explique Gabriel Solans, chercheur en civilisation américaine à l’Université Paris-Cité.
Conflits d’intérêts et enrichissement familial
Cet environnement semble bénéficier directement à l’entourage du président. Contrairement à ses prédécesseurs qui mettaient leurs affaires entre parenthèses, Donald Trump utilise ouvertement sa position à des fins lucratives.
Selon une enquête du New York Times et de Reuters, la fortune de la famille Trump aurait augmenté d’au moins 1,4 milliard de dollars, dont l’essentiel proviendrait des cryptomonnaies.
Parallèlement, ses fils « continuent de développer des affaires », signant récemment un contrat de 500 millions de dollars dans le Golfe « en mettant en avant leur filiation avec le président américain », explique John Plassard, responsable de la stratégie chez Cité-Gestion.
Jérôme Jeannin/hkr