Portrait de deux petites filles en saintes Agnès et Dorothée par Michaelina Wautier du musée des Beaux-Arts d’AnversPortrait de deux petites filles en saintes Agnès et Dorothée par Michaelina Wautier du musée des Beaux-Arts d’AnversPortrait de deux petites filles en saintes Agnès et Dorothée par Michaelina Wautier du musée des Beaux-Arts d’Anvers ©Photo: D.R.

C’est passionnant par la qualité des œuvres mais aussi par le rappel de la vie de ces peintres et sculptrices. Dans leurs autoportraits, on les voit fièrement représentées, assises à leur chevalet, palette à la main. Elles se sont rendues visibles et ont revendiqué leur savoir-faire. Elles furent souvent actives dans des réseaux d’artistes et de marchands aux Pays-Bas comme à l’étranger.

On montre aussi au MSK des splendides pièces de dentelles mais restées anonymes, car cet art appliqué pratiqué par des femmes plus populaires n’était pas « digne » d’être signé.

Michaelina WautierLes mystères et le génie de la peintre Michaelina Wautier, oubliée pendant 350 ans parce que femme.

Ces dernières années, on avait déjà réalisé des pas importants dans cette direction avec des artistes qu’on retrouve aujourd’hui à Gand. En 2018, le MAS à Anvers révélait le grand talent de Michaelina Wautier (née à Mons en 1614, morte en 1689), et qui était quasi oubliée à cause de son sexe, jusqu’en 2000, alors qu’on aurait dû la placer parmi les grands peintres baroques à côté de Rubens et Van Dyck. La redécouverte de Michaelina Wautier peut être mise en parallèle avec celle d’Artemisia Gentileschi, sa quasi-contemporaine (1593-1653), longtemps oubliée de l’histoire de l’art comme elle, mais très différente. La première était plongée dans le baroque des Pays-Bas du Sud, alors que la seconde l’était dans l’Italie caravagesque. L’an dernier une grande expo lui était consacrée à Vienne où on disait qu’elle était « une des plus extraordinaires redécouvertes dans l’histoire de l’art, dans ces dernières décennies ».

Michealina Wautier le garçon prisant le tabac, Phoebius CollectionMichealina Wautier le garçon prisant le tabac, Phoebius CollectionMichaelina Wautier le garçon prisant le tabac, Phoebius Collection ©photo : D.R.

À Gand, on retrouve de Wautier son beau Portrait de deux petites filles en saintes Agnès et Dorothée et un délicieux tableau avec un garçon prisant le tabac. D’autres peintres ont réalisé comme elle de grands tableaux magnifiques comme à la fin du parcours de l’expo, le portrait des petits jumeaux Kockman par Johanna Vergouwen (1630-1714).

La Princesse décidée

Clara Peeters (1587-1636) était une des peintres flamandes les plus célèbres de son temps, renommée pour ses fleurs et ses natures mortes d’un réalisme saisissant (voir son tableau aux fromages et écrevisses !).

Judith Leyster: Autoportrait vers 1630, National Gallery  WashingtonJudith Leyster: Autoportrait vers 1630, National Gallery  WashingtonJudith Leyster: Autoportrait vers 1630, National Gallery Washington ©Photo: D.R.

En 2022, pour fêter son 200e anniversaire, le Mauritshuis de La Haye proposait une exposition sur les grands peintres de fleurs. Ce genre connaissait au XVIIe siècle une vogue énorme. Les meilleurs tableaux étaient recherchés par les Cours royales d’Europe comme celle de Louis XIV et valaient des fortunes. On retrouve à Gand la « star » du genre, Rachel Ruysch (1664-1750) qui connut un grand succès et laissa une centaine de tableaux de bouquets de fleurs, tout en cumulant sa carrière de peintre avec l’éducation de dix enfants ! Elle avait une formation de botaniste grâce à son père qui enseignait cette discipline et avait une collection de végétaux qu’il conservait avec l’aide de sa fille. Elle fut admise dans la guilde des peintres de La Haye et fut ensuite peintre officiel à la Cour à Düsseldorf. Un de ses tableaux montrés à Gand fut peint quand elle avait 80 ans.

Quant aux peintures de Maria van Oosterwijck (1630-1693), elles fascinaient les visiteurs par leur réalisation virtuose, des bouquets impossibles, car composés d’un mélange de fleurs de saisons différentes.

Le Mauritshuis fête les fleurs et les femmes

Maria Sibylla Merian (1647-1717) fut non seulement botaniste mais aussi une spécialiste des insectes et surtout des papillons. Avec sa fille, elle alla jusqu’au Suriname étudier les plantes.

Une des découvertes majeures à faire à Gand est la peintre Judith Leyster (1609-1660) qui peignait des scènes de genre, de tavernes de divertissement, comme son contemporain Frans Hals. Leurs peintures se comparaient si bien qu’après sa mort on attribua à Hals (plus rentable !) plusieurs de ses peintures.

Louise-Hollandine du Palatinat, Autoportrait 1650Louise-Hollandine du Palatinat, Autoportrait 1650Louise-Hollandine du Palatinat, Autoportrait 1650 ©Photo : D.R.

La princesse Louise – Hollandine du Palatinat (1622-1709) s’est enfuie pour peindre. Sa haute naissance lui avait permis d’accéder à une vaste éducation. Ses autoportraits sont impressionnants : elle regarde son public avec intensité et assurance. Quand on a voulu la marier, craignant de perdre sa liberté de peintre, elle choisit à la consternation de sa famille protestante, de fuir en France, de se convertir au catholicisme et devenir abbesse de Mubuisson avec l’appui de Louis XIV, trouvant là une plus grande liberté.

À la fin du XVIIIe siècle, l’art de ces femmes a disparu dans des collections privées ou les réserves des musées. Ce n’est par exemple qu’en mars 2021, que pour la première fois des femmes peintres ont pu faire leur entrée dans la prestigieuse galerie d’honneur du Rijksmuseum où sont accrochés les œuvres des plus grands peintres des Pays-Bas, comme Vermeer, Hals ou Rembrandt.

Louise-Hollandine du Palatinat, Autoportrait 1650Louise-Hollandine du Palatinat, Autoportrait 1650Louise-Hollandine du Palatinat, Autoportrait 1650 ©Photo : D.R.

Outre les œuvres des grandes artistes anciennes, le MSK présente dans son hall, une œuvre monumentale réalisée par un collectif de femmes artistes contemporaines pour rappeler toutes ces femmes invisibilisées.

Jusqu’au 31 mai, au Musée des Beaux-Arts de Gand.