Les archives nationales américaines ont mis en ligne en février les fiches de membres du parti national-socialiste (NSDAP), soit 8,5 millions d’Allemands encartés. Un accès inédit qui pousse de plus en plus d’Allemands à se confronter à leur propre histoire familiale.

Depuis que les archives nationales américaines ont mis en ligne les fichiers des membres du parti national-socialiste, le passé de millions d’Allemands est désormais accessible.

Dépasser l’omerta familiale

Astrid Geiermann, à la recherche de son histoire familiale, s’est plongée dans ces documents. Elle savait déjà que son grand-père était membre du parti nazi et soldat sous le Troisième Reich. Mais ce jour-là, elle est choquée de découvrir que son grand-oncle a rejoint le NSDAP en 1933 par conviction.

Elle a souffert d’une omerta qui a duré des décennies au sein de sa famille et dans son village. « J’ai grandi dans les années 70. A cette époque, les nazis étaient partout autour de moi et en même temps totalement invisibles. On n’en parlait pas », raconte-t-elle.

Pour Johannes Spohr, historien qui accompagne Astrid Geiermann dans sa démarche, le dialogue avec les personnes concernées n’est quasiment plus possible. « Il est certainement plus facile de poser ces questions à des archives, plutôt que d’avoir ces conversations souvent très difficiles au sein des familles », ajoute-t-il.

Un devoir de reconnaissance collective

À Berlin, sur l’ancien siège de la Gestapo, le musée Topographie de la Terreur va encore plus loin en posant la question centrale derrière ce passé occulté : que savaient les Allemands sur l’Holocauste. « J’insiste là-dessus: les déportations n’ont pas eu lieu la nuit. Elles ne sont pas vraiment secrètes », explique l’historien et commissaire de l’exposition Christian Schmittwilken.

En Allemagne, la reconnaissance collective se heurte encore au déni familial. « Les crimes commis par les nazis sont désormais très largement reconnus au sein de la société allemande. Mais on constate encore que, dans les familles, le récit qui continue de prévaloir, c’est que les propres grands-parents n’y ont pas participé », note Christian Schmittwilken.

Plus de 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le chemin vers la vérité familiale est loin d’être fini pour beaucoup d’Allemands. Les dossiers de la SS devraient être mis en ligne prochainement.

Sujet tv: Anne Mailliet

Article web: Guillaume Massonnet